Oracle de la Déesse Sombre

J’attendais avec impatience sa sortie. Bonheur de retrouver ici les illustrations de Gulliver l’Aventurière, qui a précédemment illustré l’Oracle des Runes. Le moment aussi pour prendre le temps de découvrir davantage l’approche mystique de Iria Del (Eaux Cultes), que je n’avais jusqu’alors que survolé.

Un Oracle féministe, qui donne des pistes pour reprendre son propre pouvoir. Réconciliant sacré et contemporain, le dos du coffret annonce la couleur : il s’agit de célébrer notre polarité féminine, ‘que tout être humain porte en lui, quels que soient son sexe ou son genre‘.
Le coffret est hyper complet : une boîte à fermeture aimantée comprenant un livre de 290 pages en couleurs, et le jeu dans une petite boite à couvercle et tissu satiné. Je n’ai pas encore terminé le livre, mais chaque carte y est détaillée avec une impression couleur de l’illustration sur une page entière, des mots de pouvoir (mots-clés), un message à la première personne, une signification divinatoire et son aspect plus sombre/ambigu, les symbolismes/mythologies/légendes ‘classiques’ lié.e.s à la carte, et un ‘pop panthéon’ vraiment cool qui fait le lien avec les mythologies et légendes modernes, et ça c’est une super idée, parce que la pop culture regorge d’archétypes qui peuvent faire écho aux tarots/oracles.
Enfin pour chaque carte on a une référence musicale, ce qui donne une playlist pour tout l’oracle, et ça aussi c’est vraiment une idée que je trouve bien inspirante. Pour finir chaque carte propose un rituel, une méditation, une incantation… lié.e à sa signification. Franchement un livre aussi complet permet vraiment d’utiliser le jeu de plein de façons, d’accueillir les cartes sous plein d’aspects différents, je trouve ça génial.

Entre autres références dans le livre et dans les cartes : Buffy, Willow, Drusilla, Spike, Rey (Star Wars), Ellen Ripley (Alien), Daenerys Targaryen (Le Trône de Fer), Marilyn Manson, Florence & The Machine, Tori Amos, David Bowie, Dolores Claiborne (Stephen King), Galadriel (le Seigneur des Anneaux), Kaguya (Naruto), Sailor Moon, Fauna, Hécate, Aphrodite, Lilith, Perséphone, Méduse, la Dame du Lac, Jeanne d’Arc, Santa Muerte, des déesses hawaïennes, païennes, hindouistes, grecques, égyptiennes, mésopotamiennes, des légendes arabes… Et je n’ai pas terminé le livre !

Pour donner une idée du ton, un extrait des pages introductives : ‘La Déesse Sombre vous invite dans un soulèvement jouissif contre l’obscurantisme spirituel, la peur de l’invisible, les dogmes, la pression sociale, le sexisme, les discours culpabilisants et les injonctions patriarcales. Cet outil a été pensé comme un manifeste d’amour pour la polarité féminine libre, magique et révolutionnaire du monde.

(clic sur les images pour les voir en plus grand)

Hé oui, les illustrations de Gulliver, c’est magnifique… ❤

C’est édité chez Arcana Sacra, un label du groupe Alliance Magique. Le coffret est de qualité, les cartes sont bien épaisses avec un rendu mat et doux.
Pour ma part je vais simplement colorer la tranche des cartes en noir, les fonds noirs recto et verso le permettent facilement, et je compte bien m’imprégner puissamment de ces cartes divines, genre dès là maintenant après avoir partagé ce post :3

le coeur adolescent

‘Aujourd’hui j’ai l’âme au firmament, et j’ai le coeur adolescent.’

Il y a des hommes qui m’ont transportée. Qui m’ont nourrie de trésors qui m’ont fait grandir, voir le monde autrement, apprendre et avancer, cheminer dans ma vie vers des entrées de lumière heureuse. Si je suis une meilleure personne aujourd’hui, si j’ai réussi à soigner beaucoup, à retrouver la clarté, à me débarrasser de tant d’ombres, c’est grâce à moi, mais aussi grâce à des rencontres masculines extraordinaires. Et c’est sans compter l’homme que j’aime aujourd’hui, qui emplit ma vie de lumière et de joie. Même ma façon de rire a changé, depuis lui je ris plus franchement, aux éclats, à gorge déployée.
Il y a eu des rencontres féminines bouleversantes aussi bien sûr, mais ce n’est pas d’elles dont je voudrais parler ici.

Il y a aussi eu des hommes qui m’ont pris pour une traînée, j’ai été agressée, humiliée, réduite au silence. Des hommes ont chié sur mon consentement, des hommes m’ont trahie. J’ai pris des mains au cul et ailleurs, j’ai pris aussi des mains dans la gueule, bref j’ai croisé quelques hommes qui m’ont bien abimée.

J’ai vécu une relation passionnelle et sauvage, j’ai demandé à un homme un absolu qu’il était incapable de me donner, et si cet homme n’était pas un condensé de calme et de douceur, alors peut-être qu’on aurait fini par se foutre sur la gueule, dans une passion enragée, par se cogner dessus faute de trouver une issue favorable à notre amour.

Au vu de ces histoires vécues, je pense pouvoir porter un jugement nuancé sur les hommes. Je pense pouvoir faire la part des choses. Je sais combien rien n’est tout noir ou tout blanc, je sais combien l’amour peut faire faire n’importe quoi, faire sortir le meilleur de nous-même, et le pire.

La lutte contre les violences faites aux femmes est un combat vital. Je ne supporte pas le sexisme. Je méprise le machisme. J’essaie, à mon niveau, de faire entendre le discours féministe aux hommes cis hétéro-normés qui m’entourent. J’essaie de faire tomber autour de moi les clichés genrés, je ne supporte pas les discours qui encouragent les hommes à se sentir supérieurs aux femmes, à mettre les gens dans des cases, à assigner quiconque à quoi que ce soit selon ce qu’iel aurait entre les jambes.
Je pratique l’écriture inclusive au travail. Je souligne les petits actes sexistes du quotidien, avec bienveillance, autant que possible. Je ne milite pas à grande échelle mais mes convictions sont là.

Je ne sais pas si tout est pardonnable. J’ai pardonné beaucoup dans ma vie. Cela m’a permis d’avancer. Il y a encore des choses qui coincent, sur lesquelles j’ai plus de mal à lâcher prise. Mais je pense qu’on peut purger sa peine, se cogner le bagage de la merde qu’on a fait, et mériter au moins en partie le pardon. J’essaie en tout cas de toujours nuancer, peser les choses, avant de coller une sentence totale et irrévocable.

Tout ça pour dire. Qu’il y a cet homme ‘public’, qui avec son groupe cultissime m’a fait découvrir la poésie, alors que j’entrais dans une adolescence difficile. Il y a cet artiste, ce poète, dont les mots me touchent depuis 25 ans, et qui a accompagné ma vie quasiment au quotidien pendant 10 ans. Puis il a commis l’irréparable.
C’était il y a 15 ans. Le temps a filé comme un rien.
Alors, pendant 15 ans, je suis passée par plusieurs états d’esprit. Des périodes de blocage, des périodes de rejet. Continuer à écouter sa musique me paraissait tellement déplacé, si grossier et malvenu. Je me sentais coupable d’aimer encore sa poésie, ce barde des temps modernes, si engagé artistiquement, politiquement et socialement, qui était devenu pour beaucoup de gens, du jour au lendemain, un tueur monstrueux à effacer de la carte.

J’y ai repensé ces jours-ci en voyant passer les nouveaux articles sur le cas d’Alexia, étranglée par l’homme qui partageait sa vie lors d’une dispute.

Tout ça c’est inexcusable. Mais si le mari d’Alexia va en prison, ce qui est probable et peut-être souhaitable, quand il sortira, il aura le droit d’exercer de nouveau son métier, de tenter de reprendre une vie ‘normale’ (si tant est qu’on puisse reprendre une vie ‘normale’ après avoir tué de ses mains sans en avoir eu l’intention…).

Alors, maintenant qu’il a été jugé, qu’il est sorti de prison, même si beaucoup de choses sont délicates et discutables (notamment la Une récente d’un certain magasine de musique, grandement casse-gueule), je crois que Bertrand Cantat a le droit de tenter de reprendre une vie ‘normale’, et de continuer à exercer le seul métier qu’il connaisse. Celui d’artiste. Avec la visibilité publique que cela implique.

Son album Amor Fati qui vient de sortir est pour moi globalement mitigé, très inégal. Il y a quelques passages intéressants, quelques autres très beaux, et certains sont médiocres voire ridicules. Il y a eu un avant et un après Tostaky, il y a aussi un avant et un après Marie. Bertrand Cantat a vieilli, il porte quoi qu’on en dise un lourd bagage, qui se voit sur sa figure déconfite malgré ses éternels traits gracieux d’animal sauvage, la puissance côtoie une mélancolie infinie, et son lourd bagage se voit aussi dans l’espèce d’impasse où se dirige parfois son écriture actuelle.
Mais c’est sans doute sa façon à lui de se reconstruire, d’avancer autant que possible. Même si ce qu’il a fait en 2003 est épouvantable, il a le droit d’essayer de se reconstruire en tant qu’être humain. Penser le contraire serait pour moi identique à être pour la peine de mort. Empêcher un ancien détenu pour homicide involontaire de tenter de retrouver sa place dans la société, ce serait un peu comme le condamner à mort.

Je ne cherche pas à lui trouver des excuses ou à dire qu’il faut s’apitoyer sur son sort hein. Juste on pourrait le laisser faire son métier, même si son image publique amène évidemment des réactions parfois brûlantes mais inévitables.

Tout ça pour dire. (Je vais y arriver. C’était pourtant clair dans mon esprit tout à l’heure, quand je pensais à tout ça au bureau, en faisant mes courses, en montant dans le tram, en marchant dans la rue…) Tout ça pour dire que je vais aller voir Cantat au Rockstore en mars. Parce que sa poésie raconte mon adolescence, mes amitiés et mes amours de jeunesse, et parce que par cet acte, je veux ancrer l’idée que je peux lui pardonner, au moins en partie. Que je peux continuer à écouter Noir Désir sans me sentir coupable. Acter que je sais que nous sommes capables du meilleur comme du pire. Qu’il peut malgré l’irréparable exister en tant qu’artiste, et aussi en tant qu’être humain, même s’il a commis le pire. Acter que le pardon peut être libérateur et n’a rien d’une faiblesse, au contraire.
Et aussi, par cet acte, je veux tenter de lâcher prise sur les dernières choses anciennes que certains m’ont fait subir, et que j’ai encore un peu de mal à laisser loin derrière moi. Car quand j’aurai tout lâché, je serai encore plus libre dans les airs de la vie magnifique qui est aujourd’hui la mienne.

‘Regarde, Lola
Comme on a l’air à l’aise
Nous reste à essayer d’attaquer la falaise.’