Gifts of the Universe (bis)

Les cicatrices sont des chemins. Les trésors brillent éternellement. La gratitude est infinie et l’amour est inconditionnel.

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(photos argentique Alban Van Wassenhove)

Du coup voilà, 3 jours avec Alban et ses images, et je replonge le nez dans ces possibles créatifs infinis, alors si en plus le résultat peut être aussi instantané qu’imprévisible, et prendre corps physiquement entre mes doigts… Bref j’ai cassé ma tirelire et me suis offert un Polaroid ❤

Avec une petite manip manuelle je peux même faire de la double exposition, deux prises superposées et développées sur le même film, résultats parfois hasardeux, parfois magiques ❤

Ce matin l’homme-chouette s’est prêté au jeu et j’ai fait ça :

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❤ ❤ ❤

Gifts of the Universe

Merci l’Univers.

Tout est possible.

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Avec Alban on a même eu le temps de faire quelques Polaroids ❤

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Edit >> et chaud au cœur d’avoir découvert le nouveau morceau de Fab composé avec le texte que j’avais écrit il y a quelques années sur ma Baie du nord, la Pointe du Siège…

Machefer – Guts

hashtag mon jardin

Je passe beaucoup, beaucoup de temps dans le jardin, j’avoue, c’est mon refuge, y lire pieds nus au soleil comme y regarder tomber la pluie m’apaise totalement, y creuser la terre me ravit, y tailler rosiers et jasmins me met le cœur au bord des lèvres. Y croiser des êtres merveilleux me laisse sans voix (ou me fait pousser des petits cris de bébé chat, ça dépend).

Aussi, même si je garde un goût certain pour le violet, le pourpre et le noir, j’ai maintenant une robe d’été d’un jaune vif, citron, canari, je l’appelle ma robe Pikachu. Moi qui n’achète presque plus de fringues neuves et priorise la seconde main, les trocs, les vide-dressings…, j’ai craqué dessus en me baladant à la Grande Motte, peu de temps après le soin prodigué par Aline, qui m’a recommandé de me tourner en ce moment vers la citrine (pierre jaune donc), entre autres. J’en ai trouvé une chez Lisa, mais il faut croire que ce n’était pas assez, il me fallait au moins une robe de fille du soleil pour aller avec :3

 

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et parfois je mange des livres

Sur mon A Propos FB, parmi les toutes premières phrases figurent : ‘La musique me fait bander. Et parfois je mange des livres.’

Hier en sortant du taf, je suis passée chez Gibert, justement pour acheter un livre. D’occasion, je privilégie toujours les occasions autant que possible, j’aime l’idée que les livres circulent et servent toujours, et d’économiser les arbres et les forêts, poumons de la terre, en minimisant l’impression de livres neufs.

Je sors de chez Gibert donc, mon livre dans un petit sac en cordes, ajouré, que j’utilise pour trimballer mes livres, cahiers, carnets… En plus de ce nouveau livre, il y a dedans mon agenda, un carnet et un autre livre. On peut les distinguer à travers les cordages du sac. Je remonte l’avenue Foch en direction du Peyrou. Un monsieur d’un certain âge, je dirais entre 70 et 80 ans, mais en forme, frais et l’allure sereine, bien vêtu d’une chemise et d’une veste de costume, chaussé de souliers à l’ancienne, marche dans le même sens que moi et arrive à ma hauteur.
‘ – Vous mangez des livres ? ‘
Je lui demande pardon, pas sûre d’avoir bien compris.
‘ – Vous mangez des livres ?’
  – Ahah, exactement !’
  – C’est bien, c’est une bonne activité, ça nourrit l’esprit…
– Tout à fait.
– Moi aussi je lisais beaucoup quand j’étais plus jeune…

  – Et maintenant ?
  – Maintenant je relis surtout les livres que j’ai déjà lus il y a longtemps… Je lisais aussi le Canard Enchaîné, et je le posais sur mon bureau au travail, comme ça, quand des collègues venaient m’emmerder, je leur tendais… Parfois, dans les petites entreprises, il y en a qui prennent juste un grade, et après ils deviennent bizarres, ils changent… Enfin bref, je fais ma petite montée…
  – Ah oui c’est un peu un faux plat l’avenue Foch.
  – Ah mais de toute façon je fais des zigzags, je ne sais pas si vous connaissez, j’habite à côté du parc de la Guirlande, dans une petite résidence. J’avais acheté un petit appartement là-bas pour ma fille, quand elle était en poste ici. Maintenant j’y habite. Mais j’en ai marre… Je suis un alsacien moi, je suis né dans les Vosges, alors quand y’a pas un peu de montagne, de relief, de neige en hiver…
  – Oui je vois, je suis née en Franche-Comté.
  – Ah oui, de quel côté ?
  – Dans le Pays de Montbéliard.
  – Ah oui, j’ai de la famille à Besançon. J’ai un pied-à-terre par là-bas, que je loue pas cher à une vieille femme. Je voudrais bien le récupérer, mais elle n’a pas envie de s’en aller, et bon, quand on est vieux, et qu’on peut plus trop bouger… C’est comme ça.’
Nous traversons devant l’Arc de Triomphe. Je regarde une dernière fois ce vieil homme absolument charmant. Petit, le teint clair, l’air éveillé mais posé.
‘ – Je passe par le Peyrou. Bonne soirée !
  – Bonne soirée…’
Il part tranquillement, en direction de Figuerolles. Je traverse le Peyrou sous un soleil qui m’inonde de lumière. Je remercie l’Univers pour ce cadeau, ce vieil homme venu me faire oublier ma journée de taf, le manque de sommeil, les comportements toxiques, en étant simplement avenant, cordial, gentil, fluide et serein dans son envie d’échanger sur un bout de chemin, au milieu de cette grande ville pas si anonyme que ça. Me rappeler combien les rapports humains peuvent être simples et bienfaisants même avec des inconnus. Merci monsieur vosgien de la Guirlande.

Hugues

Hier, après plusieurs semaines de grand soleil, il a fait à Montpellier un temps normand. Le ciel était lourd et gris, et pendant une petite heure, au matin il a bruiné. Un crachin à la normande, qui m’a gentiment fouetté le visage, laissant sur mes joues des milliards de petites gouttes d’une eau froide mais douce, comme des poussières d’étoiles liquides. Aujourd’hui, le soleil est revenu, comme si de rien n’était. C’est en cette matinée d’hier, cette matinée de crachin normand à Montpellier, que tu as fermé les yeux sur ce monde.

L’hiver passé j’ai voulu monter te voir, mais mon emploi du temps et mes finances ne m’ont pas permis de faire le voyage. J’habite maintenant à 1000 km, passer pour boire une bière n’est plus une mince affaire. Je pensais te voir cet été, pour moi il était évident que tu serais encore là.
La dernière fois que je t’ai vu c’était en juillet 2017, pendant la résidence d’Alban à la Fabrique. Nous avons fait ces belles photos en argentique. C’est le même été que la maladie t’a frappé.

Hugues, tu es aimé par tant de monde que tu seras toujours parmi nous. Grâce à toutes les petites parts de toi qui dansent dans le cœur de celles et ceux qui ont eu la chance de te connaître.  Tu étais un être humain et un auteur hors du commun. Je suis si fière de t’avoir connu, amicalement et artistiquement. Je n’oublierai jamais les tournages, les résidences, les repérages à la Pointe du Siège, les réveils chez toi pendant le festival Off Courts, tes mots si justes pour les 7 Sœurs du Sort, tes conseils, tes mots rassurants, ta bienveillance, ton feu intérieur. Lors de nos premiers échanges il y a presque 10 ans, j’ai tout de suite aimé ta folie, ta lumière. Tu étais un homme de connaissance, un homme de pouvoir, un être rare. Merci Hugues pour tous ces moments ❤

De retour sur Terre, à cloche pied d’abord, évidemment, mais en sautillant, on finit par s’amuser de tout. Enfin, on essaie, et à force, cela vient tout seul. Je souhaite que tu sautilles à cœur joie et, comme ça, on aura peut-être l’occasion de gigoter en mesure en bondissant au dessus d’un grand feu de joie.‘ – Hugues Fléchard

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(polaroid Alban Van Wassenhove – mua Fabiola Louang Phi Xay) 

this song is a broken heart

A l’automne 2015, je découvrais le premier album de Dilly Dally. Grâce à une radio pirate américaine en ligne, désormais disparue. Je retrouvais alors dans ce groupe le paroxysme de tout ce que j’aime dans la musique. Dilly Dally m’a bouleversée autant que Hole quand j’avais 14 ans. Peut-être même plus fort encore.
Le premier album m’a accompagnée durant une escale existentielle fin 2015, à Montpellier, ma ville tant aimée que je n’avais pas revue depuis mon départ pour la Normandie en 2011. Dilly Dally était alors la bande-son d’une décision déchirante mais salutaire : rentrer chez moi.

Aujourd’hui je suis donc, depuis presque deux ans et demi, de retour dans ce Sud si cher à mon coeur, et j’y ai fait des rencontres magnifiques, dont certaines ont changé ma vie. Dont certaines m’ont amenée à renaître, le jour de mes 38 ans, à 12h15 heure de ma première naissance, dans des circonstances si troublantes qu’elles ne peuvent que rester secrètes.
Et Dilly Dally est toujours là. Le deuxième album me procure des sensations indescriptibles. Et cette femme, cette chanteuse guitariste à la voix si étrange et si magique, ni tout à fait femme, ni tout à fait garçon, ni tout à fait adulte, ni tout à fait adolescente, ni tout à fait humaine, ni tout à fait animale… Elle cristallise toute une facette de moi-même. Me touche en plein coeur parce qu’elle parle à une part de mon intimité profonde.

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(Katie Monks – Dilly Dally – Berlin oct. 2018 – pic. Alexandra Howard)

En février j’irai hurler à la lune avec elle, à Paris, l’homme-chouette à mes côtés. Les loups et les louves n’ont pas fini de chanter et de courir dans la forêt, sous le regard bienveillant des chouettes et des hiboux. Notre plus grande force est l’amour.

 

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J’ai replongé dans Baldur’s Gate. J’ai voulu terminer ma vieille partie, relancée quand est sortie la Enhanced Edition, j’étais au dernier niveau, mais mes persos ne sont pas assez balaises, je me fais dégommer dans le cimetière souterrain. Du coup j’ai recommencé une nouvelle partie :3

J’aime tellement Imoën. En VO hein, parce que la voix française donne envie de noyer des petits chats. Mais en version originale, j’aime tellement, tellement Imoën ❤

A part ça, Dilly Dally joue ce soir à Paris et je n’y serai pas faute de billets de train à prix abordable. Ce week-end c’était le premier village vegan de Montpellier et c’était vraiment cool. Je suis pas mal dans mon tarot en ce moment, j’ai doré les bordures de mon RWS Centennial, et je l’ai passé au talc, dingue comme les cartes glissent super bien, oui je sais c’est over passionnant, mais j’avais envie d’écrire pour ne rien dire :3

La douceur guillerette des vacances me manque…

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wild at heart

Aujourd’hui, après quelques jours à peine de rentrée, je commence à trouver les mots pour exprimer certains ressentis.

J’ai vécu ces derniers mois des transformations irréversibles. Je me suis sentie pleine de confiance, emplie d’amour et d’envie, et parfois je me suis sentie perdue, découragée face au chemin restant à parcourir, convaincue à la fois du bien fondé et de la difficulté de la chose… Et puis là j’ai repris le chemin du bureau, et l’évidence laisse sa trace un peu plus profondément chaque jour. Tout a changé.

Je voudrais assurer ce quotidien qui me permet de toucher ce salaire modeste mais fixe. J’essaie d’y intégrer ma sensibilité, mon ouverture aux autres, pour être là pour celleux qui en auront besoin, dans le cadre de cet emploi, de ces horaires, de tout ce qui me paraît de plus en plus étranger. Je voudrais, et parfois, le temps de quelques minutes, un lien s’opère ; mais ce qui ces dernières années ne faisait que passer discrètement dans mon esprit sans s’exprimer trop fort, se manifeste aujourd’hui comme un appel irrépressible.

Dans mon cycle de vie en Normandie, j’ai fait quelques rencontres qui m’ont ouvert les yeux sur ma capacité à me connecter aux mondes invisibles, la nécessité de me délester de certains bagages néfastes, mon besoin de retrouver la nature, et de rétablir davantage le lien avec le monde animal, auquel je suis fortement reliée depuis ma naissance. J’en avais envie mais le temps et les outils me manquaient, et puis quand une opportunité se présentait, la peur l’emportait et je ne m’inscrivais pas au stage, à l’atelier, à la rencontre… Je me trouvais des excuses, probablement parce qu’il était alors trop tôt pour moi. Même si quelque chose commençait à m’appeler, je n’étais pas prête.

Et puis, il y a un peu plus de deux ans, je suis revenue ici, à Montpellier. J’étais alors en plein chemin d’introspection, pour apprendre à me tourner vers moi-même, apprendre à prendre soin de moi, à m’aimer et me donner l’attention et l’écoute que je mérite, pour ensuite pouvoir être plus sereine dans mes rapports avec les autres. Ce chemin d’ermite avait porté ses fruits et je me sentais prête à partager mon nouvel équilibre, quand j’ai croisé la route de cet homme chouette. Je suis allée vers lui parce que je sentais, je savais, que je pouvais alors être aux côtés de quelqu’un capable de tant de lumière.

Jamais je n’aurais pu imaginer tout ce que cet homme allait m’apporter. Par sa personnalité, sa façon d’être, mais aussi par son entourage et ses racines familiales. Un entourage amical lumineux et bienveillant – comme lui, on n’attire que ce que l’on est. Et puis, cet endroit où il m’a emmenée, la rencontre avec ces loups, qui ont fait resurgir de toutes ses forces l’appel que j’avais commencé à entendre il y a quelques années, et fini par ranger de côté, pensant que je n’aurais probablement pas assez d’une vie pour pouvoir ouvrir cette porte, ou que je n’étais peut-être pas assez légitime pour ça.

Depuis, l’appel est si fort qu’il m’est difficile d’entendre autre chose. Je continue cet emploi où je tente de faire de mon mieux, parce que je sais faire ce qu’on me demande. Je continue aussi de mettre à jour ce site, parce que écrire je sais faire et ça me procure un peu de satisfaction de partager un peu mes pensées et mes images, je continue les réseaux sociaux parce que j’ai l’habitude et parce que ça ‘passe le temps’. Mais en réalité je suis de plus en plus loin de tout ça, si ce n’est par réflexes d’habitude, des réflexes rassurants, du confort cotonneux et bien relatif, qui endort mon esprit, alors que je ne cesse de répéter ici et là au fil des mois qu’il faut que je fasse sauter les peurs liées à mon éducation et laisse derrière moi ces réflexes rassurants, pour consacrer tout mon temps à cet appel. Qui m’apaisera sans doute 1000 fois plus que tout le reste, puisque je serai à ma place et sur ma voie.

Si je ne trouve pas le temps et l’énergie suffisant·e·s pour nourrir cet appel en l’état actuel des choses, je n’aurai pas d’autre choix que de lui laisser toute la place dès maintenant pour qu’il se développe et grandisse comme il le mérite.
Soit mes réflexes et habitudes trouvent comment faire des compromis notoires, soit l’appel les dévorera.

 

(Du coup, je me suis inscrite à un atelier pour dans une quinzaine de jours, qui devrait me faire avancer sur ce chemin lumineux en écoutant mon cœur sauvage.)

un ange passe

‘Trompe la mort et tais-toi.’

Un certain nombre de personnes a depuis des mois ‘invité’ (doux euphémisme) Bertrand Cantat à se taire. A disparaître. Au nom d’une justice estimée (peut-être à raison) trop clémente, ou à cause d’egos en mal de publicité, ou encore à cause de névroses personnelles réveillées par une lutte pourtant noble et juste, bref pour tout un tas de raisons plus ou moins discutables, un certain nombre de personnes a jugé bon de ressortir des affaires clôturées depuis des années, pour coller au fond du trou un homme, un artiste, un père aussi (beaucoup semblent l’oublier), qui certes a commis le pire, mais n’en reste pas moins une personne aux facettes multiples, capable de rédemption et digne de pardon. Tout au moins de respect, en tant qu’être humain, dans toutes ses aspérités imparfaites.

J’ai déjà écrit ici combien il m’a fallu du temps pour pouvoir aller au-delà de ce qui s’est passé en 2003, tant la question des violences conjugales me paraît une lutte primordiale, et plus largement la juste place des femmes – et en réalité de tous les êtres quel que soit leur genre et leur espèce – dans le monde. Et puis plus largement l’image que j’avais du gars engagé, poète et sensible, en a pris un coup, évidemment (bien que finalement tout ce qui s’est passé va dans le sens de ce qu’il est, certes à son paroxysme le plus sombre).

Aujourd’hui, un homme, un artiste, un père, après avoir réitéré sa compassion pour les proches des victimes, et son droit à la réinsertion, après avoir annulé ses dates en festival pour calmer le feu des associations manifestant contre lui, aujourd’hui, cet homme, cet artiste, annule ses deux dernières dates de concerts en salle, prévues en décembre. Aujourd’hui cet homme lâche l’affaire et, sous les pressions, dit ce qu’il a sur le cœur en pleurant face à un public médusé, envoie chier ces médias dont il s’est – visiblement à juste titre – méfié toute sa vie et qui se sont emparés de son histoire, et annule ses deux derniers concerts, à bout de nerfs.

Alors oui j’entends déjà qu’on me répond que ses souffrances ne seraient pas grand-chose comparées à la mort de deux femmes, l’une à la suite de ses coups, l’autre par pendaison alors qu’ils vivaient de nouveau ensemble.

Mais en fait qui es-tu pour pouvoir dire ça. Qu’en sais-tu. Quel a été ton chemin personnel, pour pouvoir dire ce qu’un homme, qui dans une dispute violente a fait s’écrouler la femme qu’il aimait, pense et ressent. Qui sont ces personnes qui s’insurgent contre la violence dans une surenchère de la violence. Doit-on condamner à perpétuité ? Doit-on prôner la mort sociale ? Doit-on interdire toutes les chansons, tous les films, tous les livres, écrits par des êtres humains qui auraient commis parfois le pire. Doit-on faire une différence de traitement entre le boulanger et l’artiste. Non non non. Et quelle est donc cette haine personnelle qui encouragerait la vindicte populaire, l’échafaud sur la place publique, et empêcherait tout pardon, ou du moins toute acceptation de la rédemption.

Je comprends la douleur sans fin et l’impossibilité de pardonner d’une famille, des ami·e·s, des enfants. Je comprends et partage le combat. Mais un tel acharnement personnel digne d’une chasse aux sorcières, concernant des faits déjà jugés il y a entre 10 et 15 ans, pardon mais oui je trouve ça un peu excessif.

Je garde au fond de mon cœur une gratitude et une joie infinies, pour avoir pu retrouver cet homme, cet artiste, à deux reprises, avant ces tristes annulations. Je mesure ma chance. La poésie et les idéaux de Bertrand Cantat m’ont enveloppée dès ma pré-adolescence et ne me quitteront jamais. Avoir croisé de si près son regard incendié, pris ses mains dans les miennes, l’avoir vu faire l’enfant en remontant son pantalon en riant et en sautillant sur la scène, avoir ressenti l’énergie fantastique transmise par ses grands gestes de magicien au-dessus de son thérémine, l’avoir retrouvé en symbiose avec son harmonica, avoir mouru au moins deux fois de folie pure pendant Tostaky et Ici Paris, et sifflé avec lui et 800 autres personnes dans un Rockstore en toute intimité, avoir croisé des gens adorables au Silo, et vu dans les airs s’étendre l’aura de sa volonté de faire le bien autant que possible, ses mains jointes au-dessus de sa tête ou sur son cœur… Autant de cadeaux dont je mesure encore plus aujourd’hui la valeur et la lumière.

Je ne suis pas ce qu’on peut appeler une groupie. La musique fait partie de ma vie comme l’air que je respire. J’essaie d’être nuancée, objective, humaine. Ce gars fait partie de ma sensibilité depuis 25 ans. Cet homme, cet artiste. Engagé, passionné, fou, imparfait. J’ai dans ma vie appris à pardonner. Pardonner n’est pas oublier. Mais à travers mon pardon à Bertrand Cantat, j’ai lâché prise sur les violences passées, accepté que ce passé m’a construit telle que je suis aujourd’hui, mais n’a plus à avoir d’impact négatif dans ma vie présente. C’est ce que je souhaite à tout le monde.

Et à lui et ses enfants, sa famille, ses proches, tout comme aux proches des personnes disparues, tout comme à quiconque a souffert de la violence, je souhaite longue et belle vie, autant que possible dans la paix.

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(photo Manuel Leboulanger, BBC Caen Hérouville-Saint-Clair, mars 2018)