le monde fait ce qu’il veut avec la musique

Plus de 3 ans que Dilly Dally me met le coeur au bord des lèvres à chaque morceau, à chaque écoute. 3 ans que j’ai trouvé le son de mon âme. La voix de mon ventre. Cette voix à la fois de rage et d’amour.

Dans 48 heures toute la lumière de l’Univers créera une brèche surnaturelle, au sous-sol d’une petite brasserie d’un quartier populaire parisien. Dans 48 heures les louves hurleront tout leur amour à la lune, la musique caressera nos cœurs et la voix de Katie Monks enveloppera la lumière de mon ventre d’un écrin d’invincibilité.

J’ai tant de gratitude à l’intérieur de moi que ça déborde déjà de tous les côtés, avec deux jours d’avance. Vendredi soir je serai sans doute tellement noyée dans l’amour, que mon enveloppe charnelle pourrait bien disparaître par moments, dans une explosion de lumière pure, comme seule la musique peut en créer.

Comme l’a dit un jour, musique à fond, la fille d’un loup quand elle était petite : ‘Le monde fait ce qu’il veut avec la musique !’.
La musique est une force invincible. Elle est tous les possibles.

le canidé polymorphe

Au son du tambour j’ai survolé une forêt immense, verdoyante à perte de vue, dans laquelle j’ai fini par m’enfoncer. Le soleil dansait entre les branches des arbres gigantesques, et de petits chemins couraient dans toutes les directions. Des écureuils filaient autour des branches, et j’ai croisé la route de deux hérissons et d’un blaireau.

C’est alors, le tambour se faisant plus présent, que je l’ai vu. D’un roux flamboyant, le renard a sorti son museau d’une motte d’herbe. A mon arrivée,  il a couru devant moi, jouant et sautant entre les troncs, et changeant constamment d’apparence. Son pelage de feu passait tantôt au brun, noir, gris. Ses traits devenaient alors ceux d’un chien, et d’un loup. Insaisissable guide. Il m’invitait à retrouver ma forêt. Des fleurs apparaissaient sous mes pas. Et toujours la lumière, le soleil et ses rayons vibrants, les arbres montant jusqu’au plus haut du ciel, verdure et écorces à perte de vue.

Quand le tambour m’a invitée à revenir dans le monde visible, ma dernière vision a été son visage de feu, et son regard rassurant plongé dans le mien. Le roux de ses poils s’est teinté une dernière fois de brun foncé puis de gris, et il a disparu derrière la végétation.

Et j’ai ouvert les yeux.

375651_10201205055505838_964727386_n(illustration Martin Wittfooth)

 

Imoen Tarot

Oui bon. J’ai craqué sur un tarot que j’avais repéré depuis un moment.

Le tarot m’appelle visiblement par grandes vagues, de gabarit tsunami. Rien ou presque pendant des lustres, et tout à coup, un appel irrépressible, qui envahit mon esprit et prend le dessus sur quasiment tout le reste. Je ressens depuis quelques jours un besoin fort d’intériorité, de lecture, de réflexions, bref, l’arcane de l’Ermite me rappelle avec puissance, les bras et le cœur grands ouverts pour partager sa lumière solitaire introspective.

Le nouvel arrivé est un tarot né d’une collaboration entre Julia Jeffrey, illustratrice, et Barbara Moore, qui travaille sur le tarot depuis une vingtaine d’années. J’avais déjà vu le travail de Julia Jeffrey il y a longtemps, mais c’est un univers dont je m’étais un peu éloignée. J’y reviens. Cela me rappelle mes voyages en Irlande, mes lectures de Tolkien, mes week-ends entiers à jouer à Baldur’s Gate, Imoen, mes 20 ans.

Le jeu est magnifique. Les lames ont un fini super mat, épais et rigide (cartonné sans vernis ni traitement). Bon, du coup cette matière les rend fragiles et difficiles à manier / mélanger, elles restent un peu collées entre elles par paquets, mais la prise en main à l’unité est tellement agréable, elles sont super douces, et moi qui ai du mal avec les rendus brillants si salissants, je suis aux anges.

Le tarot est accompagné d’un livre de 300 pages (!) illustré et en couleurs (!), comme un guide dans la découverte des cartes et de leur univers. C’est aussi un outil intéressant de réflexion personnelle, sur pourquoi on souhaite tirer les cartes, comment, à qui, avec quelles règles et quelles limites… Moi qui n’ai jamais lu aucun ouvrage sur le tarot, j’apprécie vraiment cette invitation à se poser les bonnes questions avant d’aller plus loin.
Bon je n’ai pas encore tout lu. Il y a une partie sur les liens entre les éléments des cartes, sur le parallèle entre les nombres, qui montre que dans la création d’un tarot, finalement rien n’est laissé au hasard, même s’il s’agit de divination… J’en suis aux descriptions des cartes, une par une (arcanes majeurs et mineurs !), avec à chaque fois une petite histoire descriptive personnalisée, puis les significations divinatoires. Je crois qu’ensuite il y a des exemples de tirages, et une ouverture spirituelle plus générale, qui parle notamment des guides.

Ce nouveau tarot me fait réaliser que finalement, j’ai peut-être toujours eu une forte capacité d’intuition. Mais c’est récemment que j’ai appris à en faire usage. En passant par une étape de prise de conscience de cette capacité. Enfant, je n’y pensais pas, et ado, j’étais si mal dans ma peau et dans ma vie, j’avais une si piètre image de moi-même, qu’il était impossible que je réalise que j’avais en moi cet outil pour mieux vivre.
Et en fait, c’est en sortant mon Tarot Cosmique il y a 2 jours, répondant à ses appels discrets mais décidés, que j’ai vraiment mis le doigt là-dessus. Car une nouvelle fois, alors que je ne travaille le tarot que trop rarement à mon goût, que je n’avais pas pratiqué depuis des ciels, une nouvelle fois les cartes m’ont parlé avec une évidence surprenante, et je dirais même une logique désarmante. Mon Cosmic Love communique réellement avec moi, je suis liée à ses arcanes, et en fin de compte il m’est difficile de trouver comment expliquer ça sans passer pour une illuminée ❤
Quoi qu’il en soit, les cartes m’ont encore envoyé des messages évidents, limpides, riches, m’attirant vers des réflexions utiles et nourrissantes. Mon Tarot Favole touche aussi là où il faut, les trop rares fois où je le prends en mains. J’en conclus donc que je dois réellement m’investir dans tout ça de façon plus régulière. Pour apprendre encore mieux, encore plus, pour aller plus loin encore dans ce cheminement personnel et intime via les cartes. Et un jour peut-être que je me sentirai suffisamment légitime et avancée pour me lier aux arcanes aussi pour les autres.

Bon sinon, les lames ❤
Certains arcanes sont renommés, et adaptés à l’univers du jeu. Par exemple, Le Diable devient La Danse dans l’Ombre, Le Chariot se nomme ici L’Etalon Féérique, Le Jugement est La Vie Renouvelée… Les personnages sont essentiellement de type humanoïde elfique, mais aussi animales, par exemple les As sont représentés respectivement par un renard, une loutre, un hérisson et un héron. Il y a aussi une famille de blaireaux qui se planque quelque part, et sur certaines cartes le passage d’une chouette blanche, de corbeaux, des chevaux, un loup… Bref, la nature est omniprésente, tout comme les références aux éléments feu, eau, terre et air.
J’aime aussi la présence d’enfants, le fait que les hommes peuvent être des rêveurs, et les femmes des guerrières… Les conditionnements genrés tombent un peu avec ce jeu, et ça fait du bien !
Et puis les visages peints par Julia Jeffrey parlent d’eux-mêmes… Il y a de la magie là-dedans, parfois lumineuse, parfois noire, tantôt douce et tantôt terrible. Et puis pour ma part, certains personnages sont des portraits crachés de personnes qui ont fait ou font partie de ma vie, me rendant le tout plus troublant et plus touchant encore.

Voilà. Je n’ai pas trouvé des masses d’illustrations sur les internets qui soient de qualité, sans texte par-dessus, sans logo pourri…
Sinon il y a mes photos à moi, mais avec mon téléphone et de nuit, elles ne rendent pas justice à la précision du travail de Julia Jeffrey et à la vie qui se dégage de ces lames… Quand j’aurai plus de temps, j’en ferai peut-être des photos dignes de ce nom avec mon Reflex. En attendant j’ai envie de passer le peu de temps libre que j’ai à ermiter avec ces arcanes emprunts de vie, de messages et d’histoires ❤

printemps loup

Le Loup est revenu.

Mowgli a mis sa brosse à dents dans mon gobelet avec la mienne pour quelques jours. On a fait tourner son linge dans ma lessiveuse. Peter Pan s’est fait un masque vert et a mis de la coco dans ses boucles sombres. Il m’a noué un de ses bracelets colorés au poignet. Sa nuque est noire de soleil. Ses cheveux et sa barbe ébène ont éclairci aux extrémités, dans un blond roussi cuivré, délicieux résultat de 3 mois à vivre dans la nature des canyons espagnols.
Mercredi soir, tard dans la nuit, quand il est apparu sous ma fenêtre la bouche en coeur, il a ouvert une parenthèse de vacances surprise. Une parenthèse d’étreintes brûlantes et de nuits-cuillères, de douche Rose Jam et de bière thaï, de massages, couinements, et même quelques confidences précieuses au fil des jours.
Il est reparti ce midi. Il a encore laissé à la fois mon coeur gonflé à bloc de lumière, et un vide immense dans l’air. Mais la lumière est plus forte que le vide. Chaque jour j’ai remercié l’Univers qu’il soit revenu. Chaque jour j’espérais qu’il reste un jour de plus. Chaque jour il a été vain de faire semblant de ne pas avoir grave le béguin pour lui. Même s’il est un loup, nomade, solitaire, lonesome cowboy. Que je suis heureuse d’avoir été, par un jour d’hiver, reliée à un être humain dégageant une énergie aussi belle, si vraie, si entière. Puisse ce lien perdurer encore, toujours, d’une façon ou d’une autre.

‘…un ciel jaune et bleu et au milieu tout simplement, toi et tes allures de conquérant…’

brèves de mars & amours littéraires

Brèves de mars :

J’ai terminé ma mission intérim et j’en profite pour aller au yoga jusqu’à 4 fois par semaine. Beaucoup de bienveillance en ce lieu qui est devenu un peu ma deuxième maison. Le cours d’hier m’a emplie de gratitude. Je suis en train de comprendre beaucoup de choses et d’ouvrir des portes par rapport à mon corps, à pourquoi j’ai mal ici ou là, au fil des mois le yoga change ma vie. Même si encore beaucoup de travail pour parvenir à, comme dirait Fanny, « trouver le bien-être même dans l’inconfort », surtout psychiquement, spirituellement.

Demain je vais à un forum Emploi et Formation au parc expo, à priori surtout pour la partie formation, parce que ce serait bien de trouver des pistes de réflexion pour savoir un peu ce que je vais faire demain pour être à ma place.

Et je suis inscrite pour le prochain Kino Caen ! Je vais y retrouver pour quelques jours toutes ces personnes avec qui j’ai passé 5 ans de ma vie, et dont je me suis éloignée en rentrant chez moi il y a 8 mois. Ca va être beau et love à fond et je vais rentrer avec un film à partager !



Amours littéraires :

Ou comment j’ai finalement rencontré le livre de ma vie.

Despentes m’a beaucoup marqué avec l’ensemble de ses écrits, surtout par son style en fait. Bye Bye Blondie reste un livre qui m’a énormément touché. Les tomes 1 et 2 de Vernon Subutex montrent toute l’épaisseur dans l’écriture acquise par l’auteure au fil des années, tout en gardant sa hargne et sa punkitude tendre-amère. C’est une auteure à laquelle je me sens liée, qui me relie à mes 90’s, à mes ombres, à mes racines. J’ai commencé à la lire à 18 ans avec Baise-moi, et ce jour-là une nouvelle forme de littérature s’est ouverte à moi, j’ai découvert en somme qu’il y avait autre chose que la bibliothèque verte, ahah.

Puis il y a eu mon bref passage autonome à la fac, cette si belle année d’auditrice libre à Paul Va, et la merveilleuse rencontre avec J., lecteur espagnol et poète ibérique, dont les conseils de lecture ont magnifiquement nourri mon esprit avide de magie. Principalement avec Les Détectives Sauvages de Roberto Bolaño. Epopée surréaliste d’une poésie sauvage incomparable, chef d’œuvre absolu aux voix multiples, lumineux et magique. Une sorte de road-trip-western de la poésie, et la découverte d’un auteur grandiose.

Plus tard, mes échanges avec T. m’ont amenée à ouvrir L’insoutenable Légèreté de l’Etre de Kundera. Fiction philosophique extraordinaire sur l’amour et les différentes façons d’aimer, sur la légèreté et la pesanteur qui peuvent guider nos vies, sur la solitude de l’âme et du corps, ou encore le don de soi, il m’est aujourd’hui impossible d’effacer de mon coeur Sabina et Tereza, et l’éternel et aimant sourire de Karénine.

Bien avant, Caro m’avait prêté un livre, en me promettant que je l’aimerais. Mais j’étais en plein bouleversement de vie, à l’aube de mon retour vers ma chère Occitanie, et je lisais alors Femmes qui courent avec les Loups de Clarissa Pinkola Estés. Bible de vie pour toute femme qui veut rester libre et sauvage, outil de réflexion intérieure sur ce que nous sommes et sur notre nature sauvage, c’est probablement un livre qui appartient à des phases de vie, et qui peut se lire en plusieurs fois tout au cours de la vie. J’en ai lu la moitié tout en cheminant ce choix de rentrer chez moi, et il m’a sincèrement aidé et soutenu dans les moments de doute où j’avais besoin de retrouver foi en moi-même et en mon instinct. Peut-être la seconde moitié attend-elle le prochain passage vers un autre chapitre de vie, pour s’ouvrir à nouveau à moi.

Mais je n’avais pas oublié le livre conseillé par Caro. Et une fois rentrée à la maison, posée, installée, apaisée, j’ai enfin ouvert Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Dont j’ai déjà parlé ici après l’avoir terminé. Œuvre folle à la passion brûlée vive, écrite par une jeune fille qui pourtant n’a jamais connu pareil amour, si ce n’est dans l’imaginaire de ses nombreuses lectures, ce livre est un cri sauvagement gothique, enragé, obsessionnel, une ôde à la folie humaine, sur fonds de malédiction familiale et de décors décharnés.

C’est alors qu’intervient le Loup. Un magnifique loup en leggings jaune, aux allures de conquérant. La définition même de cette citation de Thoreau que j’aime tant, « toutes les bonnes choses sont sauvages et libres ». Cette rencontre furtive mais profondément bénéfique amènera des échanges avec Sophie au sujet de cette espèce mi-humaine mi-animal-sauvage, et c’est là qu’est tombé entre mes mains Le Loup des Steppes de Hermann Hesse. Récit initiatique et spirituel d’un homme sauvage, solitaire et dépressif, qui cherche à retrouver foi en l’humanité, ce livre est une profonde réflexion philosophique sur le genre humain, et sur son étrange capacité à reproduire sans cesse les mêmes erreurs. Ecrit dans l’Allemagne des années 20, la justesse et la lucidité presque prémonitoire des mots quant à l’état du monde actuel, sont troublantes et puissantes. Partant d’une situation de vie tout à fait banale, l’histoire prend crescendo une tournure fantastique et barrée, mais toujours philosophique sur le sens de la vie, pour se terminer en apothéose théâtrale, en conservant tout du long plusieurs possibilités de lecture et de compréhension.

Et c’est là qu’arrive enfin le livre de ma vie. C’est le partage d’une image sur Facebook qui m’amène à suivre conseil et ouvrir Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. L’auteur aura travaillé sur ce livre pendant les 12 dernières années de sa vie, jusque sur son lit de mort, jusque dans ses dernières fièvres hallucinatoires, accompagné les derniers temps par la femme de sa vie, qui lui relisait des passages pour apporter encore et encore des corrections, des ajouts… Pourtant, en pleine dictature stalinienne, mourant et condamné, il savait bien que jamais ce livre ne serait édité de son vivant. Il le fut en effet 25 ans plus tard.
Outre ces conditions d’écriture fascinantes, ce livre est une ôde (oui j’aime bien ce mot) aux fous, aux marginaux, aux artistes, aux rebelles, aux anti-conformistes, à la liberté. Mais aussi à l’amour, à la magie, aux diableries. Avec un style hyper maîtrisé, fluide et vivant, bourré d’humour et de burlesque (on sent bien que l’auteur écrivait aussi pour le théâtre, on voit réellement les scènes se dérouler sous nos yeux, les personnages existent), Boulgakov raconte l’histoire de Satan et de ses acolytes parcourant les rues de Moscou dans les années 30, revisitant l’histoire de Ponce Pilate, posant la question de l’existence de Dieu et surtout du Diable, et manœuvrant le tout pour encadrer une magnifique histoire d’amour entre un écrivain maudit et son âme sœur Marguerite, qui appelle son amour Le Maître, et qui donnera son âme au diable et deviendra sorcière.

behemot rides_1000 par margaux carpentier(illustration : Béhémoth, par Margaux Carpentier)

Si tu aimes la folie, la liberté, la magie, le spectacle, le burlesque, la satire, les diableries, les sorcelleries, la lune, le mystique, les chats noirs, la littérature, l’amour, ce livre est pour toi et te nourrira d’envie éternelle.
En ce qui me concerne c’est à l’heure actuelle le livre que j’aime le plus au monde. Je l’aime d’amour pour plein plein plein de raisons, certaines objectives, d’autres totalement personnelles. Il m’a marqué pour toujours. Il raconte beaucoup de choses qui résonnent avec ma vie, avec ce que je suis, avec ce que j’ai vécu. Et tant de maîtrise dans l’écriture pour une œuvre aussi folle, il y a finalement peu de mots à la hauteur…

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(illustration : Le Maître, Marguerite et Béhémoth, par confusedlarch)

Les livres qui nous marquent sont toujours liés soit à des personnes, soit à des périodes de vie. Les livres écrivent aussi notre propre existence. Ils sont comme des marque-pages de notre histoire à nous. Le Maître et Marguerite est à ce jour la quintessence de moi-même. Quel bonheur éternel d’avoir trouvé cette histoire sur mon chemin de vie.

l’hiver Loup

J’ai retrouvé Peter Pan.

A la différence près qu’il ne porte pas un collant vert en réalité. Mais un leggings jaune comme Bioman.

Pour la première fois de ma vie un homme m’a laissé son numéro de téléphone sur un petit bout de papier. Ouais ouais. Sur un emballage de gel douche à la caisse d’une grande marque anglaise de cosmétiques éthiques. J’ai trouvé le petit mot une fois de retour chez moi, en voulant ranger mes achats au moment d’aller me coucher. Je suis restée là, assise sur mon canapé, le bout de papier orange et bleu dans la main, incrédule. ‘J’ai très envie de faire votre connaissance… L.’. J’essayais de me rappeler son visage. J’avais été tellement en mode ‘j’achète du gel douche’, en mode ‘je sors du taf j’ai le cerveau fissuré’. C’est vrai que le vendeur avait été sympa, curieux de voir que je prenais le même parfum que celui qu’il mettait tous les jours au magasin, celui aux huiles essentielles de patchouli et d’orange douce. C’est vrai que je l’avais trouvé vif, éveillé, vivant. Je me souvenais vaguement d’une silhouette ciselée, aiguisée. Un tee-shirt jaune.

Mais en gros j’avais absolument vraiment rien vu venir du tout.

Je me suis dit que j’allais dormir là-dessus et que j’aviserais le lendemain. Le lendemain j’ai envoyé un texto. Qu’est-ce que j’avais à perdre. Au pire ça ne le faisait pas. Au mieux ça le faisait. C’était la première fois qu’un truc comme ça m’arrivait, je n’avais pas envie de me demander sans cesse ce qui se serait passé si j’avais réagi. Je ne voulais pas bouder l’occasion. Et si c’était un cadeau de l’Univers ? Je voulais, je devais savoir.

Il m’a répondu, et on s’est donné rendez-vous le vendredi suivant.

Là grosse montée de stress. Et s’il ne me plait pas ? Et s’il est con ? Et s’il est relou ? Et si on est mal à l’aise ? Et si on sait pas quoi se dire ? Et si il me pose un lapin ? Et finalement toujours la même réponse en moi-même : bah ce sera pas grave, au moins, je saurai, j’aurai tenté, je serai allée dans le sens des signes. Et puis merde l’Univers avait forcément mis cette histoire sur mon chemin pour une bonne raison.

Devant les marches de l’église Saint-Roch, il est arrivé sur son vélo. Il portait un bonnet rouge et une doudoune grise. On a échangé les banalités d’usage. Très vite, je réalise qu’il a un léger fond d’accent, comme quand on vient d’ailleurs mais qu’on en est parti depuis longtemps. Il est belge. Il parle avec un flegme énergique, finit toutes ses phrases par ‘quoi’. Il me rappelle les garçons de mon adolescence dans le nord-est, même façon d’appuyer les ‘r’, même diction mi-saccadée mi-traînante, et la même façon d’être, spontané et sans trucage. Il m’est immédiatement comme familier. Moi qui peux être si sauvage quand je ne connais pas les gens, si mal à l’aise, si gourde, là tout me semble incroyablement familier et évident.

Il voyage sur son vélo, parcourant l’Europe pour aller de falaise en falaise. Il fait de l’escalade. Il dort à droite à gauche chez les gens ou il bivouac dans la forêt. Il fait des bonnets au crochet qu’il vend sur les marchés. Il est resté plus longtemps que prévu à Montpellier parce qu’il a eu cette occasion de bosser 2 mois et du coup mieux voyager par la suite. Il repart dans une semaine. Il veut aller en Andalousie, et plus tard dans les pays asiatiques. Voilà c’est sa vie. Il cristallise tous mes instincts de liberté que je garde tant bien que mal en stand by par peur d’abandonner le chemin de vie pour lequel on nous éduque sans réfléchir. Tous mes rêves de vivre dans une caravane, tous mes rêves de ne plus être prisonnière d’un boulot alimentaire, de contraintes horaire, d’un loyer et de charges à payer… Il est allé encore plus loin que ça. Son corps l’emmène où il veut et son esprit ne semble pas perdre pied une seule seconde. J’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi à sa place dans sa vie.

On boit des bières et on parle de tout ça. J’observe ses traits, il est tellement différent des mecs vers lesquels je vais habituellement, physiquement. Typé latin, moi qui me suis toujours retrouvée avec des genre nordique. Il a les cheveux bruns, épais et frisés, un regard noir, tantôt amusé et espiègle, tantôt troublant et profond à perdre le nord. Ses yeux se plissent quand il me regarde comme s’il cherchait à lire mon âme. Le visage anguleux, les pommettes et le nez marqués, des lignes de statue grecque, une bouche charnue. Ses mains sont épaisses, belles. Il a un petit tatouage en typo indienne à l’intérieur du poignet droit. Il a le contact facile et parle à tout le monde à droite à gauche. Il étire ses jambes sous la table, elles touchent les miennes. Je les étend aussi, comme un accord tacite, moi la sauvage autiste, je suis dans une confiance grandissante qui me surprend moi-même. Je me sens terriblement bien.

On a mangé un morceau dans la nuit froide. Il m’a embrassée avec un goût de sauce algérienne. Tard dans la nuit on s’est laissés pour faire encore mieux la prochaine fois. Le mercredi suivant.

Il a proposé de faire des courses et de venir cuisiner italien chez moi. Avec du vin rouge et du houmous aussi. Il est sicilien. Un sicilien belge. Il porte sous son jean un leggings jaune qui lui tient bien chaud l’hiver. Il est ‘mains chaudes coeur chaud’. Il prononce les ‘ui’ comme des ‘oui’. ‘Il est houit heures’. ‘C’est sans ambigouité’. On a parlé de la vie du monde et de la liberté. Et puis tout ce qui restera entre lui et moi. Jusqu’au lendemain matin, où je suis allée bosser dans un état second, après l’avoir laissé sur son vélo, une part de la tarte aux pommes que j’avais faite sous sa selle, et qu’il m’ait dit ‘et envole-toi’. Puis il a fait des zigzags sous le soleil et il a disparu.

Il lui restait 3 jours de taf, puis ce serait le retour sur la route, pour l’Espagne, d’abord en bus jusqu’à Barcelone. A priori, entre le boulot, les gens à qui dire au revoir, le départ à organiser un minimum, plus trop de temps pour qu’on se revoie. Et puis finalement on est allés manger thaï ensemble aujourd’hui. Assis devant le mur du resto peint en jaune poussin, avec sa veste bleue turquoise, tout beau de couleurs et de lumière, j’aurais voulu le prendre en photo mais je n’ai pas osé lui demander (vieux restes de manies de sauvage). Une fois dehors on s’est posés sur un banc ensoleillé et il m’a montré ses bonnets. J’en ai trouvé un à ma taille. Le soleil inondait nos visages souriants et réchauffait nos âmes dansantes. On s’embrassait en souriant. Los besos sonrientes. J’avais aussi un livre pour lui. « Le Loup des Steppes ». Je lui ai demandé de le lire en premier et de me le rendre quand il repassera par Montpellier. Dans 3 mois, 6 mois, un an, qu’est-ce que j’en sais…
Même si la tristesse de savoir qu’il s’en va ne fait pas le poids face à toute l’envie joyeuse dont il m’a regonflé à bloc, bien sûr j’espère quand même qu’un jour il reviendra pour de vrai.

C’est une des rencontres les plus inattendue et belle que l’Univers m’ait offert. La force pure qui le fait avancer, son ancrage dans le présent, sa liberté totale, sont venus à moi comme pour me rappeler mes priorités, lâcher prise et m’écouter, coûte que coûte. Rester ouverte au monde. Il m’a aussi rappelé combien aujourd’hui, après tout le chemin que j’ai fait, combien je peux aimer simplement et en toute évidence, en acceptant que c’est une capacité qui fait partie de moi, qui me raconte, et que c’est un trésor maintenant que j’ai appris à le laisser vivre naturellement.

Lumière électrique. Loup solaire feu et flamme. Peter Pan force jaune. Merci merci merci. Love love love. J’espère que si tu lis ces mots tu ne m’en voudras pas de parler comme ça de toi. Fais attention sur le Camino del Rey. Muchos besos.

‘…un ciel jaune et bleu et au milieu tout simplement, toi et tes allures de conquérant…’

Winter is Burning

Leur hiver est brûlant.

Elle oscille sur la terrasse en tek recouverte d’une fine couche immaculée. Première neige. Premier coup de froid. Et les coups de foudre ? Ahahah. La foudre c’est plutôt une longue histoire, la foudre ne tombe pas d’un coup, enfin, pas toujours. Il y a des foudres qui s’abattent tout doucement et se dispersent dans l’air, un peu partout, au gré du vent et de l’appel du loup.
Première nuit avec des talons depuis longtemps aussi. Rejoindre la cour sous la véranda va s’avérer une périlleuse aventure bien trop matinale pour être honnête. Semelle lisse qui glisse sur la poudreuse, talon effilé qui plante son pieu comme… Comme… Enfin comme un pieu.
C’est lui qui a mis le feu à tout l’hiver de leurs cœurs de papier.
Elle pose ses petites mains roses le long de la rambarde gelée. Sensation agréable et aigre-douce de ce froid qui vient lui mordre la peau, qui lui tord les veines jusq’au bout des doigts. Elle aime ce pays de merde, cette neige qui brise le souffle, cette pluie boueuse au mois de septembre, l’air étouffant des étés maladifs, ce pays de merde. Elle a juste mis le temps à s’en rendre compte. Ou à s’en rappeler.
Elle effleure chaque marche de ses petits talons en priant pour ne pas s’y rompre les hanches. Elle préfère qu’il les lui creuse, lui, comme un grand, encore et encore, jusqu’à ce que Petite Mort s’en suive et s’en revienne. Elle s’est sentie si petite quand elle a ôté ses talons hier soir, à la fenêtre du ciel entre chienne et louve. Se rappelait pas combien c’est chouette et gracieux, d’être une fille qui enlève doucement ses souliers à talons, délicatement et en silence, le jean et la culotte en bas des fesses. Défaire le premier soulier, rester en équilibre sur le second. Se débarrasser du deuxième, perdre 10 centimètres en une fraction de seconde, se sentir tout à coup minuscule et un peu fragile entre ses bras attentifs. Puis se croire de nouveau la plus belle et la plus forte du monde, une fois à cheval sur son ventre brûlant. Quand il ose à peine la regarder tellement c’est bon. Tellement ça l’impressionne, ce truc inexplicable entre eux. Cette parenthèse électrique et tendre-amère qui pourrait bien s’étirer à l’infini.
Tout ça n’aide pas à descendre les escaliers d’une véranda un matin d’hiver en souliers à talons sur 10 centimètres de neige fraiche. Quoique…
Ca aide à réchauffer l’hiver, l’éternel hiver du mélodrame de leurs cœurs à corps animal-humain.

Winter is burning.