semer les graines

Beaucoup de gratitude. Beaucoup d’humanité aussi.

Le festival Witch s’est merveilleusement déroulé. La quiétude de me sentir à ma place et entourée de personnes qui partagent globalement ma vision du monde et de la vie. Atelier avec une herboriste absolument passionnant, qui donne envie de reprendre le pouvoir de prendre soin de soi en autonomie grâce aux merveilles de la nature et des forêts, telles nos ancêtres les sorcières et leurs savoirs si précieux. Première expérience publique avec mes cartes super positive, même si ça demande beaucoup de concentration, quels beaux échanges, quels beaux partages avec ces personnes prêtes à s’en remettre aux cartes pour retrouver ce qui est en leur pouvoir. Le sentiment aussi d’être légitime, crédible, suffisamment compétente sur le sujet pour être là.

Et puis le reste, ma vie, ce qui s’est transformé et se transformera encore, la foi en d’autres possibles qui me nourrit en ce moment, et l’élan serein dans lequel cela me guide. Mon nid, mon autre, mes autres, mes capacités, mes maîtrises et mes pouvoirs.

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Je lis actuellement ‘La Voie du Tarot’ d’Alexandro Jodorowski. Longtemps que je pensais le faire. Son film ‘La Danza de la Realidad’ m’avait beaucoup interpellée il y a quelques années. Je devrais le revoir aujourd’hui, au regard du chemin spirituel que j’ai parcouru.
Son livre sur le tarot de Marseille est passionnant, même si je ne suis pas toujours 100 % d’accord avec absolument tout, son analyse et son étude des cartes est brillante, très poussée, très intelligente. Et puis il me permet de me plonger enfin plus en profondeur dans le tarot de Marseille, qui reste un trésor historique, artistique, philosophique, et un système extraordinaire de symboles et de sens profonds, malgré ses arcanes mineurs à priori plus difficiles d’accès que ceux du Rider Waite Smith. Les archétypes des arcanes majeurs et leurs significations, psychologiques comme ésotériques, traversent avec tant de puissance la magie de l’âme humaine, que je peux comprendre les ‘puristes’ qui boudent la relecture et la vision de Waite, pourtant fascinante elle aussi, et tellement divinement illustrée par Pamela Colman Smith.
J’aime à penser que je peux personnellement aimer les deux, utiliser les deux, pour des raisons différentes. Par exemple pour tirer les cartes aux autres, je trouve que le Rider Waite Smith reste plus lisible, plus facile d’accès, par rapport au Marseille. Les arcanes mineurs illustrés aident quand même beaucoup à s’y projeter pour le consultant profane.
Mais qui sait, peut-être qu’à l’issue de la lecture de ‘La Voie du Tarot’… En tout cas pour mes lectures personnelles je me sens aujourd’hui bien plus proche du Tarot de Marseille qu’il n’y a pas si longtemps… Cœur Rider Waite Smith, cœur Marseille ❤

la perception de la petite cane

Peut-être que les ailes de ma perception sont celles d’une petite cane.

Hier entre midi et deux j’ai terminé le quatrième volet de l’œuvre de Castaneda, ‘Histoires de pouvoir’, au bord de l’eau avec les canards. Une petite cane est sortie de l’eau, accompagnée de son mâle, alors qu’il me restait une vingtaine de pages. J’hésitais à terminer le livre sur place car mon temps de pause réglementaire touchait à sa fin. La petite cane m’a alors dit que je devrais continuer maintenant. Elle s’est approchée très près de moi. Je lui ai demandé de ne pas faire un pas de plus, parce que bon, elle était mignonne mais elle m’impressionnait un peu à ne pas avoir peur de moi comme ça. Son petit regard foncé sur moi, elle est restée là. Séchant ses plumes au soleil. On a discuté un peu. Elle a finit par ranger son bec sous ses plumes et ne plus bouger, clignant des yeux sans me quitter du regard, comme assoupie mais attentive quand même.

A la lecture des toutes dernières pages, je me suis mise à pleurer doucement. Surtout pas de tristesse. Je pleurais d’amour et de gratitude pour cette terre et ce monde, et ces livres, et ce sorcier arrivé sur mon chemin pour illuminer ma voie spirituelle et donner sens à tout ce que j’ai traversé, guide ultime pour réapprendre ma place, apprivoiser mon gouffre pour en faire une force, briser les croyances limitantes et toxiques, continuer ma quête vers ma nature sauvage et libre. Et en me retournant, la petite cane était toujours là à veiller sur moi, son compagnon un peu plus loin, et j’ai pleuré encore plus d’amour pour cet univers et cette vie sacrée, et cette magie qui est partout.

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***

‘L’amour de Genaro est le monde qui nous entoure. La terre sait que Genaro l’aime, et elle lui accorde sa protection. Voilà pourquoi la vie de Genaro est remplie à ras bord et pourquoi sa situation, où qu’il aille, sera toujours comblée. Genaro se promène dans les sentiers de son amour et, où il se trouve, il est satisfait.
(…) On ne peut se libérer de sa tristesse que si on aime cette terre d’une passion inébranlable. Un guerrier est toujours heureux parce que son amour est inaltérable et que sa bien-aimée, la terre, l’embrasse et lui octroie des cadeaux inestimables. Cette chose merveilleuse, qui vit dans ses derniers replis et qui comprend chaque sentiment, m’a apaisé et m’a guéri de mes souffrances et, lorsque j’ai enfin réussi à comprendre l’amour que je ressentais pour elle, elle m’a appris la liberté.
(…) Écoute cet aboiement. Cet aboiement de chien est la voix nocturne d’un homme. Elle vient d’une maison dans cette vallée, du côté du sud. Un homme est en train de crier sa tristesse et son ennui par l’intermédiaire de son chien, puisque ce sont tous les deux des compagnons, réduits à l’esclavage pour toute leur vie. (…) Cet aboiement et la solitude qu’il crée témoigne des sentiments des hommes. Des hommes pour qui la vie entière a été comme un après-midi de dimanche, un après-midi pas tout à fait malheureux, mais chaud, lourd et désagréable. Ils ont sué et se sont beaucoup tracassés. Ils ne savaient pas où aller ni que faire. Cet après-midi ne leur a laissé que le souvenir de petites contrariétés et beaucoup d’ennui, puis il s’est achevé brusquement : c’était déjà la nuit.
(…) Seul l’amour pour cette terre magnifique peut donner la liberté à l’esprit d’un guerrier ; et la liberté est joie, efficacité et abandon, devant n’importe quelle situation.’

***

Et j’ai entamé le cinquième livre, ‘Le second anneau de pouvoir’. Et avec l’homme-chouette nous avons mis en terre son abricotier, ensemble, dans notre jardin, et l’odeur de la terre câlinait nos cœurs, et nous avions envie de nous occuper de la terre, ensemble, pour le reste de nos jours.

et ouf les vacances

Lectures en cours et à venir. Depuis le temps que je savais qu’il me fallait lire Les 4 Accords Toltèques. Et c’est sur le quatrième de couverture que j’ai découvert le nom de Castaneda. J’ai fouiné… Et là…
Je continue mon chemin personnel. Malgré les questions encore sans réponse et les soucis divers (notamment mes gencives qui sont en souffrance et c’est ma faute), ces jours-ci je me dis que j’ai une vie riche. Et je ne parle évidemment pas de richesse financière. Ma vie est riche des personnes qui y sont, des moments que je traverse, les rencontres, les découvertes, les cheminements de pensée, mes activités, mes êtres chers… Ma vie est riche et je veux qu’elle continue à l’être, de plus en plus fort et de plus en plus loin. Ouais.

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Edit >> Exemple de réflexion en cours qui avance bien pour enrichir encore ma vie et nourrir encore mon chemin personnel : faire du wwoofing.

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C’est le mois de février, le mois où même ici il fait froid le matin, le mois où parfois ça sentirait presque la neige, le mois où ça pique.

A part ça, ma gardienne céleste cicatrice tranquillement, le processus est assez fascinant à observer. Après un premier jour sans rejet ni d’encre ni de sang (youpi), j’ai eu droit à quelques jours de peau de serpent, des écailles comme si j’allais me transformer en Mother of Dragons
Les écailles sont tombées, et depuis ça pèle un peu et surtout ça tire. Mais tout va bien, c’est bientôt fini et à chaque fois que je la regarde, elle a les yeux tournés vers moi avec bienveillance ❤

Sinon, un des livres qui a été commandé au taf a attiré mon attention, je l’ai emprunté pour le lire et c’est super intéressant :

(clic si tu veux voir l’image en plus grand pour pouvoir lire)

Et ce matin avant l’aube, le ciel était comme ça :

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Oui le matin je tombe du lit.

Cette super lune était magnifique et m’aura valu évidemment quelques nuits bien agitées.

World of Blue

C’est ce jour-là, suite à cet épisode littéraire, à une période de ma vie hantée par l’angoisse de faire le mauvais choix, c’est ce jour-là que j’ai compris que je devais, plus que tout au monde, rentrer chez moi. À Montpellier. Il y a 2 ans.

Je t’aime ma ville bleue d’amour. Merci pour tout.

 


28 décembre 2015

‘Au départ j’étais allée à la librairie pour commander un autre livre, dont j’avais lu la critique dans un magazine, mais avant même d’avoir franchi la porte d’Eurêka, je m’étais dit qu’en fait non, il fallait que je garde mes sous, que je ne pouvais pas me payer un livre à 20 balles en ce moment, et puis commander un livre, parfois c’est source de déception, parce qu’on ne peut pas lire une page ou deux pour voir si on aime le style d’écriture…

Bref, je suis entrée à la librairie pour flâner plus qu’autre chose. Parce que j’aime bien cette librairie, à l’atmosphère douce et apaisante. Pierre m’a demandé si je voulais des conseils, et j’ai dis que non, qu’en fait je ne savais pas ce que je cherchais. Je crois qu’au bout d’une demi-heure à me voir errer parmi les couvertures, il a eu raison de me proposer un conseil quand même. Il y a des libraires, rares et précieux, qui ont un don. Celui de poser le doigt sur le bon livre, encore mieux qu’un psy qui mettrait le doigt là où ça fait mal, car le libraire-chamane ne te demande rien, ou si peu, il ne creuse pas tes cicatrices et ne prend pas 60 Euros de la demi-heure, il ne te fait pas d’ordonnance flippante qui te rendra addict à des substances chimiques pour les deux années à venir, non, il devine en silence, juste en te regardant errer entre les étagères, parfois même, peut-être, sans s’en rendre compte lui-même.

Bref, je suis repartie avec « Quand le diable sortit de la salle de bain » de Sophie Divry. Née en 1979 à Montpellier. Une Sophie… Une montpelliéraine… Tiens donc. C’est un livre qui raconte les galères d’une Sophie, montpelliéraine immigrée à Lyon, qui essaie de trouver du sens à sa vie, et accessoirement d’écrire un bon bouquin. Une Sophie montpelliéraine immigrée, écrivain avortée… Tiens donc. Il devient en tout cas évident que mon prénom n’a jamais autant résonné que depuis que j’ai appris à l’apprécier.

Bref, le style n’est pas à couper le souffle, mais le ton me plait quand même, et j’en étais à la page 97, quand le marque-page de la maison d’édition est tombé sur ma couette. Il était à la page 146. Je suis trop curieuse, le nom d’une rue attire mon regard, du coup tant pis si je me spoile toute seule, je lis la page 146 un peu en avance.

 » J’aurais préféré arriver en train, mais c’était devenu deux fois plus cher. On me laissa derrière la gare. La voiture s’éloigna en hurlant, se recollant à l’immense masse des voitures pareillement polluantes. J’étais à bout de nerfs quand, sac au dos, je remontai la rue de Maguelone. Il était dix heures du matin. C’est alors qu’en levant les yeux, je reconnus les façades blanches de la place de la Comédie, et, au-dessus, pur et lumineux, le ciel bleu montpelliérain. Dans les autres pays, le bleu, eh bien, c’est le ciel, on n’a pas idée que l’on peut marcher dedans. Mais ici le bleu occupe tout, remplit tout. On boit du bleu, on respire du bleu, on fait une cure de bleu. Alors, au plus profond de moi-même, une horloge cachée, silencieuse, et pourtant jamais éteinte, refit entendre son tic-tac. Des bulles de bonheur montèrent jusqu’à mon visage, et toute ma misère disparut dans ce bleu ; à croire qu’il existe à Montpellier un bleu originel, qui se diffuse ensuite dans le ciel de France sur un mode moins puissant, moins pur et moins réverbérant que ce bleu surplombant les immeubles de la place de la Comédie ; à croire que tout ce que j’avais pu vivre à Lyon n’avait jamais été qu’une dégradation de la tonalité originale, que j’avais touchée ici, et qui avait pour toujours coloré ma vie. « 

Et là j’ai posé mon livre pour fondre en larmes.’


Et merci Pierre Thomine de Eureka Street, meilleure librairie de Caen.

 

Les 7 Soeurs du Sort

Le livre tant attendu vient enfin de sortir de chez l’imprimeur ! Ce projet débuté en 2015 avec Alban, sur cette Baie si chère à mon coeur, arrive à son terme ❤

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Il s’agit d’un livre de photographies d’Alban Van Wassenhove (photographe, vidéaste, réalisateur (son site en lien ici)), et de textes de Hugues Fléchard (écrivain, scénariste, réalisateur (son dernier projet foufou en lien ici)), racontant l’histoire de sœurs sorcières liées par un destin commun.
Ca parle de la vie et de la mort, d’amour, d’incantations, de sorcelleries… C’est gothique et mystique.

L’artiste Vincent Trefex a également participé au projet avec des propositions d’artwork corporel. Et puis toute une bande d’ami·e·s, modèles, comédiennes, danseuse, maquilleuse… Qui font partie des merveilleux moments que j’ai passé dans ma vie normande.

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Imprimé par Art’s Print Numeric pour l’association Chambre Noire, en édition limitée, il est disponible au prix de 10 Euros, frais de port offerts.

Si tu souhaites plus d’infos, ou commander le livre, tu peux me contacter ici, soit en bas de page de la rubrique ‘à propos’, où tu trouveras un formulaire de contact. Soit en commentaire de ce post (à gauche, ‘laisser un commentaire’). N’oublie pas de laisser une adresse mail valide ! Je te mettrai alors en relation avec Alban pour les formalités.

Une soirée pour fêter la sortie du livre aura lieu en juillet à Caen… A suivre !

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(photos Alban Van Wassenhove – artwork Vincent Trefex – MUA Fabiola Louang Phi Xay)

fire, dance with me

« – Do you think that if you were falling in space… That you would slow down after a while, or go faster and faster ?
– Faster and faster. And for a long time you wouldn’t feel anything. And then you’d burst into fire. Forever… And the angels wouldn’t help you. Because they’ve all gone away. »

J’ai terminé Le Journal Secret de Laura Palmer. Ecrit en 1990 par Jennifer Lynch, fille de David Lynch, alors âgée de 22 ans. J’ai commencé avec une version vintage trouvée sur Priceminister, et j’ai fini ma lecture avec la jolie réédition qui vient de sortir en vue de l’arrivée de la saison 3 de la série, d’ici quelques jours.

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Un incontournable pour tout·e fan de la série. J’écrivais ici à quel point le film Fire Walk With Me, sorti en 1992, apaise les frustrations des questions restées sans réponse concernant Laura dans la série, alors que tout tourne autour de ce mystérieux personnage. Et bien, en réalité, pour réaliser Fire Walk With Me, David Lynch s’est basé sur le livre de sa fille. Ce film incroyable doit donc énormément au livre. D’où l’intérêt de le lire, d’autant que Jennifer Lynch a su créer ce journal en restant fidèle à la série de son père, mais en y apportant une sphère supplémentaire indispensable. Celle de l’intimité de Laura.

On ne sort pas indemne de 300 pages dans la tête de Laura Palmer. Les débuts touchants d’une fillette qui sort à peine de l’enfance, laissent rapidement place à une descente aux enfers aux parfums de folie, sexe, drogue et mort. La reine du lycée prend cher, et qu’elle le raconte avec ses mots à elle, à la première personne, simplement et crûment, rend l’ouvrage terriblement vrai. Et comme avec Fire Walk With Me, Laura prend vie sous nos yeux. Pour le meilleur et pour le pire.

Jennifer Lynch a su adapter et faire évoluer son ton, son vocabulaire, au fil des pages. Laura enfant candide et pleine d’espoir, Laura adolescente possédée et hypersexuée, Laura dépressive et morbide. Puissant.

Heathcliff

Bon j’avais dit que j’écrirais à l’occasion un texte un peu intime sur Heathcliff, faute d’en avoir trouvé un seul passage dans tout le pavé d’Emily Brontë. Les Hauts de Hurlevent est un aveux d’amour total pour ce personnage fou, et en plus de 400 pages, pas un seul moment d’amour physique, alors que tout le long la tension sexuelle est à son comble. Peut-être parce qu’Emily, justement, n’a jamais connu l’amour charnel…
Bon et puis aussi je réalise que ce n’est pas si facile, d’écrire un texte comme ça sans que ça sonne mal, faux, mou, ou je sais pas quoi. Mais je vais tenter quand même et faire de mon mieux ahah, en tentant de garder ce ton passionné si cher à Emily, c’est un bon exercice d’écriture, et puis merde Heathcliff le vaut bien !

Heathcliff. Heath Cliff. La Falaise de Bruyères…


Une nuit d’hiver. Une de plus parmi toutes les autres, identiques comme des collages à l’infini. Snow regarde par la fenêtre gelée. Le ciel est noir et parsemé de lignes bleues par endroits, comme des traces laissées par le passage d’habitants célestes. Plongée dans ses rêveries, elle sursaute quand la porte s’ouvre, laissant entrer un courant d’air plus froid que la mort elle-même. Une silhouette imposante se découpe entre la nuit du dehors et la lumière tiède du hall. L’homme s’avance en silence dans le cottage vide. Il demande un verre à Aaron, dans un anglais maladroit. Il n’a pas du tout l’accent irlandais. Ici sur la baie de Dingle, tout le monde se connait, et Snow n’a jamais vu cet homme auparavant. Jusque-là en retrait, elle fait quelques pas pour mieux l’observer. Il boit son verre immobile, droit comme un I, le regard dans le vague. Il ne ressemble à aucun habitant du village. Ses cheveux sont aussi foncés et épais que ceux de Aaron et ses frères sont blonds et fins. Soudain, comme s’il se sentait observé, il lève les yeux et se tourne vers Snow. Elle rougit, peu habituée aux étrangers. Son regard est noir comme la nuit dehors, un noir de jais, un regard d’animal sauvage près à bondir. Ses sourcils épais et élancés lui donnent une expression indéfinissable. Sa bouche charnue semble ne vouloir laisser passer aucun son humain. Il abandonne son verre et s’approche. Snow tient son regard autant que possible. Il plisse les yeux comme pour lire dans son âme avec ses deux soleils noirs. Il est suffisamment proche pour qu’elle puisse entendre son souffle et en sentir l’humidité chaude. Il lève une main épaisse et frôle sa chevelure rousse. Ses cheveux incendiaires d’irlandaise. Il semble à peine y croire. Malgré son expression indéchiffrable, comme entre la rage et l’envie, Snow sent cette attraction électrique qu’elle procure à certains hommes sur son passage. Elle n’ose prononcer un mot ni bouger un cil. D’habitude, ce sont des hommes du village, voire des amis. Mais aujourd’hui elle se sent tellement ennuyée de ces visages trop familiers. Tous trop bien élevés. Elle aime leur tendresse et leurs attentions, mais tout est devenu si prévisible ici. Elle tourne en rond. Cet homme face à elle, son visage anguleux et son regard d’animal aux aguets, n’est-ce pas un signe de plus que les choses doivent changer ? Que si elle veut retrouver cet amour profond de vivre qu’elle ressentait, avant, elle doit se laisser guider par d’autres forces, d’autres appels. Ceux de l’instinct.
Son âme toute entière tremble comme une petite flamme fragile, quand elle pose ses doigts blancs sur le poignet doré en apesanteur près de ses cheveux. L’homme semble comme réveillé d’un songe tortueux. Il pose sur elle un regard mystérieux. Enferme la petite main froide dans la sienne, chaude, ferme. Elle ne respire plus pendant de longues secondes.
« Je suis Snow Rully, de la maison Rully. Qui êtes-vous ? », ose-t-elle dans un souffle.
Il la dévisage comme une bête curieuse.
« Heathcliff »
Heathcliff. Elle comprend que ce sera tout. Comme un surnom. Heathcliff. La Falaise de Bruyères.
Alors elle n’écoute que son instinct et l’entraîne aussi discrètement que possible vers le fond de la pièce, sous le regard ébahi de Aaron derrière son bar, qui se retrouve seul dans la petite salle rustique du rez-de-chaussée.
En avançant dans le petit couloir de l’étage, Snow et Heathcliff passent le long d’un miroir horizontal aux arêtes vieillies par le temps. Elle croise alors leur reflet. Sa peau translucide tranche à côté de son teint buriné par les voyages, et ses cheveux roux sont comme un écho de lumière au feu de ses yeux noirs. Ils s’arrêtent tous les 2. S’observent mutuellement dans le reflet. Sans un mot. Elle lui sourit. Il semble vouloir essayer aussi, mais ça ne provoque sur son visage qu’une expression aussi étrange et impossible à décrypter que les autres. Elle ferme les yeux quelques secondes comme pour enregistrer leur portrait dans sa mémoire, et ouvre doucement la porte de sa chambre.
Pendant qu’elle ferme derrière eux et fait un tour de clé, Heathcliff fait le tour de la pièce. Il regarde tous les bibelots sur les étagères, tous les cadres accrochés. Il semble perplexe à l’idée qu’on puisse entasser autant d’objets futiles entre quatre murs. Snow le regarde poser son sac de voyage dans un coin. C’est vrai qu’il semble venir de loin et peu encombré de bagages inutiles. Comme s’il entendait ses pensées, Heathcliff se tourne de nouveau vers elle. En une enjambée immense il est de nouveau si proche qu’elle peut sentir chacune de ses respirations profondes. Elle sent aussi l’odeur troublante de sa peau, terreuse et puissante. Il passe une main dans ses cheveux et en attrape toute une masse. Son autre main vient se poser sur son cou. Elle a à peine le temps de s’y habituer qu’il enveloppe sa bouche rose de ses lèvres épaisses. Elle sent le creux de son ventre exploser. D’envie, de peur et de plaisir. Défait avec empressement les attaches de sa tenue de cavalière. Elle a toujours boudé les jolies toilettes, si peu confortables, et si peu adaptées pour monter à cheval, elle qui cavale comme les hommes sur la baie de Dingle, ne faisant qu’une avec sa monture, lovée contre son encolure, le visage enfoui dans sa crinière. Derrière ses traits d’infante délicate dort une femme sauvage qui attend tranquillement son heure. L’heure où s’ouvrira le chemin pour s’échapper de Dingle, s’échapper du village, s’échapper de ce cocon familier et courtois dans lequel son âme s’oublie en douceur.
Le vent dehors vient frapper les volets en bois, qui claquent violemment contre la fenêtre. Elle ouvre alors grand ses yeux gris sur Heathcliff. Ses traits semblent vaguement apaisés, comme si l’intimité le soulageait. Il a laissé au sol sa veste épaisse et sa chemise. Son corps est comme sous tension, ses bras noueux et secs, et sa peau est par endroits brûlée pour toujours, par le soleil de pays dont elle soupçonne à peine l’existence. Elle passe sa petite main blanche sur ce dégradé de taches sombres et dorées. Comme un ciel d’étoiles solaires. « C’est beau… ». Il semble déstabilisé par ce compliment. « Merci… ». Quelque chose change alors. Un sourire se forme sur son visage, un sourire réel, pas une grimace hésitante et torturée. Un sourire un peu fou de lâcher prise désordonné. Avec toujours ce voile de sauvagerie. Il empoigne de nouveau ses cheveux à pleines mains, lentement mais avec fermeté. L’emmène sur le lit et finit de la déshabiller en caressant son entre-jambes. Elle ferme les yeux et les poings quand dans la pénombre il embrasse son sexe à pleine bouche, avec une envie non contenue.
Alors Heathcliff ne la lâcha plus. Agrippé tantôt à son dos cambré, à son ventre si accueillant, à ses hanches profondes et sensuelles, il s’employa à lui donner tant de plaisir qu’elle en pleura malgré elle des larmes brûlantes. Il semblait vouloir rester en elle jusqu’à ce que mort s’en suive. Il s’abandonna lui aussi totalement, la regardant pleurer et crier d’émotion avec un étonnement sincère. Il eu le plaisir expressif et puissant. Quand elle prit son sexe démesuré dans sa bouche fine et aimante, il parut laisser s’échapper mille démons, mille fantômes, et retrouver une liberté d’âme perdue depuis plusieurs vies.
Quand ils s’endormirent enfin, il eut un repos très agité, parcouru de soubresauts, brûlant de fièvre. Elle voulut se serrer contre lui, mais le sommeil sembla être pour lui la chose la plus solitaire du monde.
Au matin il partit tôt et sans un mot. Tout ce qu’il lui dit, ce fut avec les deux soleils noirs vibrant rageusement dans ses yeux. Snow le regarda disparaître dans une tempête de neige épaisse, immaculée. Il n’avait pour elle plus rien d’un étranger. Dès les premiers regards échangés, Snow avait eu le sentiment de le connaître depuis toujours. Malgré la noirceur profonde et ancrée d’une partie de son âme, il laissa sur son passage un chemin éclairé vers un monde sauvage et libre.


Wuthering Heights

Les Hauts de Hurle-Vent est un chef d’oeuvre, en tout cas pour la première moitié où j’en suis. La folie et la violence des personnages n’ont d’égal que le rythme effréné de l’écriture, tout le monde est fou et effréné là-dedans, il y a cette urgence de vivre dont j’ai souvent parlé et qu’on suit parfois pour le meilleur et pour le pire, et emporté-e par les mots on ne peut tout simplement plus s’arrêter de lire, et quand on y est obligé-e, on ne peut de toute façon penser correctement à rien d’autre. Les obsessions des personnages deviennent les nôtres, on devient fou face à tant de passion enragée, nous aussi on pourrait bien finir par se jeter contre les murs après une étreinte désespérée. Bref.

Pour l’instant mon seul bémol, serait ce signe qui rappelle que le roman a été écrit par une jeune fille qui est morte sans avoir jamais rien vécu autrement qu’à travers ses nombreuses lectures, n’ayant jamais connu ni l’amour ni la passion ni la dépendance affective qu’elle dépeint pourtant si habilement, si intelligemment nourrie par tout ce qu’elle a lu au fin fond de sa lande perdue. Mais voilà le problème : 200 pages déjà d’amour brûlant qui détruit tout et survit à tout même dans les flammes de l’enfer, mais pas une seule scène de cul.

Si je ne lis aucun passage sexuel avec Heathcliff dans la 2ème moitié du livre, je l’écrirai moi-même.

john-william-waterhouse-boreas(image : John William Waterhouse, Boreas)