sunny mood

Ici le printemps ressemble de plus en plus à l’été. Le soleil ne quitte plus ma cité mordorée. Le vent fait danser l’orme à ma fenêtre. Tout à l’heure un couple en pyjama se bécotait sur le balcon en face, une rousse flamboyante passait ses mains dans les cheveux de son homme, l’enlaçait et le couvrait de tendresse sous le soleil brûlant. J’attends toujours mon tour l’Univers.

Je suis en train de me refaire Twin Peaks. Elle est sur Netflix. Sûrement en vue de la saison 3 qui va sortir en mai, 25 ans plus tard. Toujours aussi fascinante cette série. Toute la poésie et toute l’horreur de l’humanité qui s’emmêlent, une bande-son totalement obsédante, cette esthétique tellement vintage qu’elle frôle parfois le kitch, ces personnages tellement puissants… C’est vraiment addictif. J’en écoute même la BO sur Deezer ahah. Et j’ai trouvé sur Priceminister le Journal secret de Laura Palmer, écrit par Jennifer Lynch, et si j’en crois les avis trouvés sur le net, c’est un livre super cohérent par rapport à la série de son papa, avec toute la noirceur de certains épisodes, mais sans le côté burlesque pour dédramatiser. Un livre qui pourrait être le vrai journal secret de Laura, de son enfance jusqu’à la semaine de sa mort. Bientôt dans ma boîte aux lettres aaawwwww. Même pas pu attendre la réédition prévue aussi en mai pour aller avec la sortie de la saison 3. Non non je ne suis pas du tout en phase obsessionnelle.

Bon et je suis aussi en remise à niveau après le Kino Caen. Quelle super édition… Une fois de plus. C’était super chouette et super étrange de retrouver Caen après mon retour à la maison Montpellier. J’ai revu Caro juste avant son départ au Havre, on a mangé à la Perle du Liban. Comme avant. J’ai vu Annliz et Gaël, et leur petit homme qui dépasse tous les autres enfants de son âge de 2 têtes. J’ai vu Leïla, qui m’avait préparé des petites potions magiques… Je suis allée voir la restitution de travail sur le clown des comédiens-stagiaires de l’Actea, qui a été si fort ma seconde maison. Tout est différent et pendant quelques jours tout était comme avant. En mieux. En mieux parce que moi je me sens mieux, parce qu’enfin je sais m’aimer moi-même et prendre plaisir pour moi-même. Alors je suis mieux avec les autres. Il aura fallu que je m’arrache à ces terres et à ces gens, pour retrouver le sens de ma propre vie, pour prendre réellement conscience de moi-même, et aujourd’hui pouvoir savourer cette vie caennaise. Que j’ai dû quitter. C’est un étrange circuit de vie. Mais c’est ainsi.

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J’ai joué dans le Kino d’Alban avec des supers comédien-ne-s. Ca faisait longtemps que je n’avais pas été autant de ce côté de la caméra. Ces nouvelles images me mettent face à certains de mes changements, physiquement. Du bon et du moins bon pour l’ego. C’est ainsi aussi. Je suis fière d’avoir travaillé sur ce beau projet. Le film sera bientôt en ligne, Alban avait du travail en post-prod à finaliser par rapport à la version qu’on a présentée à la projection Kino. Il me tarde de pouvoir le partager. Il y a une partie de moi à l’intérieur. Une partie d’avant, que je laisse derrière moi, et une partie de la naissance de ce que je suis devenue.

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(capture d’écran preview La Fin de l’Hiver)

Ici je continue à reconstruire, dessiner ma propre famille. Peut-être la première quête de ma vie. Il y a la famille dans laquelle on nait, et il y a celle(s) qu’on rencontre au cours de sa vie, qu’on choisit, qu’on construit, qui dépend de soi, de ce qu’on est et de ce qu’on fait. Une famille faite d’ami-e-s à défaut d’une famille plus  »classique », et si ça prend du temps, ça fait tellement de bien de sentir quand les échanges se font plus facilement, quand on commence à se confier, à dévoiler à l’autre qui on est, à réaliser qu’on a parfois des quêtes communes, ou des racines semblables, ça fait vraiment, vraiment, vraiment un bien fou. Les liens humains ont cette magie, parfois cette évidence, tellement précieuse.

cet air-là

Ce soir en rentrant à pieds de la Cité Théâtre, j’ai levé les yeux sur Caen, cette ville dans laquelle j’arpente la vie depuis presque 5 ans. J’ai posé mes yeux sur elle, et je l’ai remerciée. Pour les incommensurables trésors qu’elle m’a offert. Pour les secrets que j’y ai déterré. Pour les gens que j’y ai rencontré. Pour toutes les découvertes humaines qu’elle m’a permis de vivre. Pour tout ce qu’elle m’a appris sur moi-même. Pour les Kinos, le théâtre, les clowns, les groupes qui poutrent, la Baie, les double rainbows, les belles âmes et les grands idéaux. Et plus je la remerciais plus je la trouvais pas si moche et pas si froide que ça, Caen. Je crois que maintenant que je sais que je vais rentrer chez moi, je peux faire la paix avec elle. Et ne garder dans mon cœur que tout ce qu’elle m’a apporté d’extraordinaire. J’ai envie, pour la remercier entièrement, et pour moi-même, de rentrer chez moi en oubliant tout ce que j’ai pu y vivre de triste, pour ne porter en moi que tout ce qu’elle m’a donné de lumière.

Et quand je suis arrivée en face de chez moi, alors que je pensais à tout ça et que je remerciais chaque coin de rue et chaque fenêtre de chaque immeuble, c’est là que j’ai croisé mon patron. Alors qu’en plus d’un an je ne l’ai jamais croisé comme ça en ville par hasard. Lui qui m’a donné la cerise sur le gâteau : pouvoir enfin apprendre un métier dans le milieu dans lequel je me sens heureuse et à ma place depuis toujours. C’est dommage, c’est tombé l’année de ma plus terrible traversée du désert personnelle. L’année où tout aurait pu basculer du bon côté, mais où en fait tout s’est un peu écroulé. Mais, aujourd’hui, mon CV a changé de cap, ça change tout, tout est possible, vraiment possible, je peux justifier d’une expérience dans quelque chose que j’aime profondément, je ne suis plus juste une passionnée sortie de nulle part.

J’ai aimé les saltimbanques dès que j’ai eu l’âge de parler. Mon père en est un. Il a été le premier musicien que j’ai applaudi, admiré, encouragé, imité, regardé avec des grands yeux de Bambi. Aimé. Ca m’a poursuivi toute ma vie. Ca me poursuivra sans doute jusqu’au bout. Pouvoir faire partie de tout ça, aussi infime soit mon rôle, pouvoir être aux côtés des reines et des rois de la saltimbanque éternité, en les épaulant dans leurs plus beaux métiers du monde, et que ce soit mon métier à moi, aussi imparfaite que je puisse être parfois, que je sois payée pour me lever le matin pour faire ça, c’est peut-être le plus beau cadeau qu’on m’ait jamais fait.