journal

le feu des corbeaux

Après un accident de tramway hier soir qui me vaut une belle frayeur, de nombreuses courbatures et une grosse bosse derrière le crâne, ce matin je n’ai pas boudé le plaisir de profiter des caresses généreuses du soleil de ce mois de mars. Déjà 26 degrés cet après-midi, faut espérer que ça ne va pas se terminer en canicule de fifou comme l’été dernier…

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En fait je voulais faire une petite présentation d’un jeu de tarot. Le tarot divinatoire du Corbeau, par Maggie Stiefvater. Une artiste écrivaine et illustratrice. Son tarot est une petite merveille. Je trouve les illustrations sublimes. Je ne sais pas comment le dire autrement, les images parlent d’elles-mêmes. En tout cas un tarot qui me touche beaucoup, très intuitif, à la fois mystérieux et lumineux.

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Le jeu vient avec un livret assez complet, et très personnel à l’auteure. Elle y explique chaque carte selon sa propre sensibilité, donnant des indications sur ses choix d’illustrations. C’est écrit simplement et sincèrement, sur un ton léger, c’est sympa. Les bordures sont dorées et ça donne vraiment un chouette rendu, que ce soit côté recto avec les contours couleur citrouille, ou côté verso avec les contours noirs.

Des oiseaux, du feu, des mains humaines sur lesquelles sont gravés les éléments du tarot… Quelque chose de witchy dans ce tarot qui me parle forcément. Un univers mystique proche de la Terre et des éléments. Youpi ❤

 

Who is the dreamer ?

We’re like the dreamer who dreams and lives inside the dream… But who is the dreamer ?’ – Twin Peaks, saison 3.

Tout à coup je fais un lien entre Lynch et Castaneda. Ca ne m’étonnerait pas que l’un ait lu les livres de l’autre. En tout cas moi à force de lire Castaneda, sans m’en rendre compte j’enregistre des informations que mon inconscient fait ressurgir dans mes rêves. Cette nuit, je rêvais que je suivais une personne dans un immense manoir à l’ambiance un peu goth de plusieurs étages. Un grand escalier nous permettait d’arriver à chaque niveau pour entrer dans les différentes pièces. J’avais déjà fait ce rêve. Et cette nuit, comme la fois précédente, au moment d’entrer dans une pièce sensée être au dernier niveau, je vois qu’en fait l’escalier continue discrètement vers un ultime étage. La première fois j’avais suivi la personne qui me guidait, en laissant derrière moi ce tout dernier niveau. Cette nuit, en arrivant au même endroit, j’ai pris conscience, dans mon rêve, que j’étais en train de rêver. Alors j’ai voulu guider ma volonté propre, pour agir consciemment dans mon rêve, comme don Juan l’explique à Castaneda quand il lui demande de s’exercer à regarder ses mains dans ses rêves. Avec ma volonté et ma conscience d’être dans un rêve, j’ai dicté à mon inconscient de ne plus suivre la personne devant moi, et de monter au tout dernier étage. J’ai dit à mon inconscient d’ouvrir la toute dernière porte. D’entrer dans cette ultime pièce…

Et c’est là que ce fumier de réveil a sonné.

N’empêche, c’était pas tout à fait reposant mais assez grisant et puissant de guider le fil de mon rêve, je recommencerai.

les chants des créatures de mes entrailles

Captation live montée en double clip. J’en pleure d’amour tant ce n’est que merveille. Dilly Dally est définitivement la voix de mes entrailles. La bande son de toute mon urgence de vivre, de toute ma rage d’aimer.
Amour et gratitude infinies…
Et Katie Monks… Créature fantasmagorique de tout l’Univers 🔥❤️💜🌔🔥🔥🔥

 

 

mood

A ma fenêtre l’orme s’habille de nouveau de fraîches feuilles vertes, signe du printemps qui s’installe (il y a aussi les premières fraises de la saison). Le chat des rues que j’ai baptisé Merlin refait ses adorables apparitions, à l’affût des différentes personnes qui viennent de temps en temps le nourrir. Vendredi je suis repassée rapidement à notre futur nid commun… Jasmin et chèvrefeuille commencent à envahir notre jardin. Bientôt les roses vont éclore. Et cet arbre étrange aux petites fleurs jaunes le long de hauts branchages arrondis, qui semble se pencher sur nous de sa hauteur comme pour nous protéger et participer à la conversation… Je l’ai baptisé Hugues. Je n’en reviens pas. Dans deux semaines ce lieu sera chez nous. Diable comme nous allons être heureux ❤️🧡💛🌿🍀

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J’entame aussi un autre livre en parallèle de la totale Castaneda. Je découvre avec joie l’écoféminisme. Il y a donc un mot pour définir où je me place, comment je me sens, dans mon corps de femme, de femme sauvage, sœur de la nature.

Apprendre à aimer son corps contre la haine de la culture patriarcale – apprendre à ne pas dénigrer ses menstruations, son pouvoir de donner la vie, l’entrée dans la ménopause ; aimer tous les corps de femmes, les pleins, les longs, les courts, les vieux, les jeunes, comme encore nos désirs sexuels multiples. Cette importance donnée au corps, au corps féminin, est une façon de nous réapproprier la part biologique de notre existence, là encore, pour sortir du dualisme nature/culture nous demandant de choisir entre un corps sans esprit et un esprit sans corps. Aucun déterminisme ici, ni aucun essentialisme, aucune injonction à avoir ou ne pas avoir d’enfant, aucun destin biologique ou encore aucune identité de sexe ou de genre prescrite, mais la revendication et l’affirmation d’une puissance d’agir et de penser sensible. Comment se reconnecter au monde, de manière responsable, si l’on doute de ses propres sensations, de ses propres expériences, de sa propre existence ? La force de l’écoféminisme est d’avoir réussi à retourner cette association négative des femmes avec la nature propre à notre culture patriarcale, qui nous coupe de nous-même comme de la nature/terre, en objet de revendication et de lutte qui concerne potentiellement tout le monde.‘ – Emilie Hache

 

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Namasté.

Riot Tarot

Hier j’ai reçu un tarot qui m’interpellait depuis longtemps. Un tarot queer, militant, féministe, punk. Aux illustrations donnant aux archétypes du tarot tout le lien possible avec le monde d’aujourd’hui. C’est le Next World Tarot de Cristy C. Road. Une artiste cubaine qui dessine, peint, joue dans des groupes de punk-rock… La première édition de son tarot était sortie en crowdfunding, et comme souvent, après un rapide sold out, elle a lancé une réédition, qui est celle que j’ai reçue.

Wow. Les illustrations sont tellement parlantes. Finis les archétypes stéréotypés, toutes les couleurs, toutes les morphologies, tous les genres sont représenté·e·s (comme le fait déjà aussi un peu le World Spirit Tarot dans une toute autre ambiance). Ici on est pas là pour caresser le système et le patriarcat dans le sens du poil. On est là pour la révolution. Pour un prochain monde, un monde meilleur. Faire taire les oppressions et avancer ensemble. L’acceptation totale de soi, de notre unicité, ‘being spiritual and queer, and broken or fixed, but being okay’.

Les cartes viennent dans une boîte cartonnée avec un livret écrit par Cristy C. Road (en anglais). Je suis en train de le lire et c’est vraiment cool, engagé et libérateur.

Les convictions, les mots et les images de Cristy C. Road me font un peu penser aux morceaux de L7.

Ou de Bikini Kill.

Ou de Seven Year Bitch.

 

Bref, ces cartes font remonter à la surface toutes mes connections avec l’esprit Riot Grrrl ❤

Ce matin j’ai pu en faire quelques photos à la lumière suave et enveloppante du soleil naissant.

Couleurs hyper vibrantes.

 

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Pour le côté matériel, les cartes sont hyper grandes, ce qui permet de profiter pleinement des illustrations. Par contre elles sont du coup moins évidentes à mélanger, et assez fines donc relativement fragiles. Le fini est super mat et doux (contrairement à la première édition très brillante). Le livret est mis en page avec les pieds ahahah, pas de pagination, pas de sommaire, texte non justifié, mais le contenu vaut vraiment la peine. Pour l’instant je garde la boite d’origine, faute de pouvoir ranger ce jeu dans mes étuis habituels trop petits, je vais voir si je peux trouver un autre contenant adapté.

Voilà. Pour moi des cartes hyper inspirantes, et des premiers tirages justes, vifs et bienveillants.

les fibres d’entre les mondes

Je relis les 7 Sœurs du Sort, et je réalise combien Hugues lisait à travers moi, il savait qui je suis au plus profond, avant même que moi je le sache entièrement. Il a mis les mots pour me raconter avant même que moi je ne trouve comment l’exprimer. Même mon vertige, ma peur du vide, due à ce gouffre en moi, il savait.
Aujourd’hui je sais qui je suis, et je relis ces mots, et je réalise à quel point Hugues était un homme de connaissance, un être de magie, qui lui aussi entendait les alliés et voyait les fibres de l’Univers se relier à celles de nos ventres béants d’amour ❤

‘Sosha était l’animiste du groupe. (…) Elle parlait même avec les créatures qui ne communiquaient pas avec le langage des hommes. (…)
C’était elle qui avait le don le plus aiguë pour communiquer avec l’au-delà , la nature et le non-humain. (…) Elle se situait toujours entre deux mondes unis par les sens. Elle n’avait aucune difficulté à faire le vide dans son esprit tant elle était connectée avec le ventre.
Au cœur de cette énigme qu’était l’origine du monde, émergeait un fil qui reliait l’espace et le temps à l’aura sensible de Sosha. Quand elle entrait en transe, doucement, le lien inaltérable entre Sosha et le vivant opérait une fusion des sens. Un seul mot pouvait définir le phénomène : communion.
On le sait, la nature a horreur du vide. Sosha se sentait emplie de vie entourée par l’amour des siens, de la nature et de ce qui poussait entre les mondes. Elle connaissait le Cornu et le craignait. À l’inverse de tout autre être, le Cornu était le vide, l’absence et le gouffre. (…) Avec lui, l’énergie était dévorée pour remplir son immense panse que rien, ni même l’univers, ne pourrait satisfaire entièrement. Il était l’appel au creux, à la présence du mal, au plongeon dans l’abysse. Le Cornu était l’exact opposé de ce vers quoi tendait Sosha : la création.’

L’ermite guerrier au cœur tendre

Ce soir j’ai demandé à Hugues, à travers les cartes, ce qui l’avait aidé dans son épreuve, ce qui avait été difficile, et comme il va, maintenant.

L’Hermite.
Hugues s’est tourné vers sa lumière intérieure, affrontant cette épreuve seul face à lui-même. Homme de savoir et de grande sagesse spirituelle, fort de son propre feu, il a su préserver et nourrir sa force intime, sa lumière personnelle, pour trouver son chemin de paix intérieure, et continuer d’avancer, souriant au monde, guide de son propre voyage.

Le valet de Coupes.
Hugues était aussi, derrière ses allures de guerrier, un grand sensible. Ses émotions vives et entières n’ont pas toujours été facile à gérer. Il a fallu parfois faire taire des sentiments qui auraient pu l’affaiblir, lui faire baisser les bras. D’un autre côté il a aussi dû prendre garde à ne pas devenir un cœur de pierre, trop s’endurcir. Gérer ses émotions sans les étouffer, canaliser le flot du cœur tout en le gardant ouvert, n’a pas toujours été facile.

Le 2 de Bâtons.
Maintenant Hugues est sur la berge, paisible, il contemple les étoiles et le nouveau monde qui s’offre à lui au loin, de l’autre côté de la rive. Il fait le point sur ses nouveaux possibles. Nul doute qu’il finira par suivre cette météorite, ce feu étincelant qui transperce la nuit dans son vol libre et sauvage ❤

 

(clic sur les images pour les voir en plus grand)

Hugues

Hier, après plusieurs semaines de grand soleil, il a fait à Montpellier un temps normand. Le ciel était lourd et gris, et pendant une petite heure, au matin il a bruiné. Un crachin à la normande, qui m’a gentiment fouetté le visage, laissant sur mes joues des milliards de petites gouttes d’une eau froide mais douce, comme des poussières d’étoiles liquides. Aujourd’hui, le soleil est revenu, comme si de rien n’était. C’est en cette matinée d’hier, cette matinée de crachin normand à Montpellier, que tu as fermé les yeux sur ce monde.

L’hiver passé j’ai voulu monter te voir, mais mon emploi du temps et mes finances ne m’ont pas permis de faire le voyage. J’habite maintenant à 1000 km, passer pour boire une bière n’est plus une mince affaire. Je pensais te voir cet été, pour moi il était évident que tu serais encore là.
La dernière fois que je t’ai vu c’était en juillet 2017, pendant la résidence d’Alban à la Fabrique. Nous avons fait ces belles photos en argentique. C’est le même été que la maladie t’a frappé.

Hugues, tu es aimé par tant de monde que tu seras toujours parmi nous. Grâce à toutes les petites parts de toi qui dansent dans le cœur de celles et ceux qui ont eu la chance de te connaître.  Tu étais un être humain et un auteur hors du commun. Je suis si fière de t’avoir connu, amicalement et artistiquement. Je n’oublierai jamais les tournages, les résidences, les repérages à la Pointe du Siège, les réveils chez toi pendant le festival Off Courts, tes mots si justes pour les 7 Sœurs du Sort, tes conseils, tes mots rassurants, ta bienveillance, ton feu intérieur. Lors de nos premiers échanges il y a presque 10 ans, j’ai tout de suite aimé ta folie, ta lumière. Tu étais un homme de connaissance, un homme de pouvoir, un être rare. Merci Hugues pour tous ces moments ❤

De retour sur Terre, à cloche pied d’abord, évidemment, mais en sautillant, on finit par s’amuser de tout. Enfin, on essaie, et à force, cela vient tout seul. Je souhaite que tu sautilles à cœur joie et, comme ça, on aura peut-être l’occasion de gigoter en mesure en bondissant au dessus d’un grand feu de joie.‘ – Hugues Fléchard

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(polaroid Alban Van Wassenhove – mua Fabiola Louang Phi Xay) 

au revoir Hugues

Hugues a fermé les yeux sur ce monde, une dernière fois, ce matin. Les moments et les projets partagés avec lui étaient toujours si riches, si drôles, si magiques. Il était d’une humanité si généreuse. Ses mots étaient brillants, son regard empli d’un feu éternel. C’est ainsi que je veux me souvenir de lui, le garder dans mon cœur, au-delà des mondes, au-delà du visible, pour toujours, comme un joyau précieux. Bon voyage mon ami sauvage.

C’était Sosha qui avait le don le plus aigu pour communiquer avec l’au-delà, la nature et le non-humain.‘ – Hugues Fléchard

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(photo Alban Van Wassenhove, repérages pour les 7 Sœurs du Sort) 

 

souvenir

15 octobre 1994. J’ai 14 ans. Je porte une frange à bouclettes et des tee-shirts fantomatiques. Pas la période la plus douce de ma vie.
Ce jour-là je suis allée voir ce petit cheval tant aimé, qui aurait pu être le mien, si on avait laissé mon grand-père adoré me l’offrir. C’est la cousine d’une copine du collège qui l’a acheté finalement. Ma mère avait accepté de m’emmener le voir.
Je m’en souviens comme si c’était hier. Les gentils propriétaires m’ont dit qu’il était dans le pré un peu plus haut. Ils m’ont passé une longe pour aller le chercher et le ramener à l’écurie. Le pré montait en pente douce, pour redescendre ensuite dans un creux arboré. J’ai monté la pente le cœur prêt à exploser. Une fois en haut, il m’est apparu au loin, sous les arbres, avec un autre cheval. Il est venu à moi, vif et confiant. On a traversé le pré ensemble, en silence, on a pris notre temps. Je ne lui ai mis la longe qu’une fois devant la barrière. Ma mère a fait quelques photos et on est repartis. Sur le trajet du retour j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. C’était comme si on m’avait arraché une part de moi.
C’est la dernière fois que je l’ai vu. Avant qu’il soit vendu je passais ma vie avec ce cheval. Il était ma petite étoile de lumière. Mon meilleur ami.

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Edit >> A part ça, me remettre à la guitare me fait tellement de bien ❤