witchy mood

Troisième et dernier jour dans ma tanière en arrêt maladie. Pour reprendre des forces, essentiellement je dors et je lis. J’entame le troisième volet de Castaneda, ‘Voyage à Ixtlan‘. ‘Voir‘ m’a été fulgurant, drôle, fait de magie et d’évidence à la fois. Quand j’ai un peu d’énergie, je fais des choses que j’ai à faire chez moi, et que je ne faisais plus depuis des mois. Faire un vrai ménage, trier et ranger mes paperasses, jeter des bricoles inutiles. Mon esprit est clair, mes pensées sont libres et tranquilles, je suis sereine. Je réalise combien le quotidien imposé par mon actuel salariat me pèse et obstrue mes pensées, embrouille mon esprit, crispe mes cheminements personnels. Ca a toujours été plus ou moins le cas. En tout cas à chaque fois que j’ai eu un taf qui ne collait pas avec ce que je suis, avec ma place dans le monde, et ce pour quoi je suis faite. C’est-à-dire quasiment toute ma vie professionnelle (à part donc mes magnifiques expériences de chargée de diffusion de spectacles et de groom équestre). J’ai toujours à peu près fait avec, parce que j’ai été éduquée comme ça, j’ai grandi dans un environnement où il fallait avoir un ‘vrai‘ travail (dans cet environnement artiste, musicien, écrivain et assimilés ne sont pas un travail…), bosser bête et méchant pour pas grand-chose, payer ses factures et fermer sa gueule, ne surtout pas se plaindre car ‘il y a toujours pire que soi, et c’est comme ça ma pov’ Lucette, on ne va pas changer le monde‘.

Et bien si.

Je réalise combien tout au long de ma vie d’adulte, sans y penser vraiment, j’ai fait mon chemin auprès de gens libérés de ce système oppressif. Certain·e·s ont eu la chance de s’en défaire très jeunes. De vivre très tôt dans un lieu collectif, en solidarité, ou dans une caravane avec le minimum vital… J’enviais ces personnes parce que je n’arrivais pas à faire comme elleux. C’est si difficile de se défaire de ce système de croyances limitantes, qu’on nous inculque depuis tout·e petit·e, nos parents, notre famille, nos profs, tous ces adultes auprès de qui on grandit, et que même si on n’a pas envie de les croire, ils ne nous laissent guère le choix. Ils brisent ce que nous sommes au fond de nous, même si c’est avec toutes les bonnes intentions du monde, pour nous faire entrer dans le moule, coûte que coûte. ‘Pour notre bien‘.

Alors, ça fait presque 20 ans que j’essaie de me défaire de ces systèmes de croyances limitantes, auxquels je n’ai jamais cru. Partie du domicile familial à 17 ans, j’ai toujours cherché la liberté, souvent à travers la musique, les arts de manière générale, et pourtant j’ai toujours eu peur d’y plonger totalement, d’un point de vue purement matériel et financier. Je n’ai jamais gagné beaucoup, mais je me suis toujours débrouillée pour avoir un petit taf plus ou moins alimentaire, notamment pour filer entre les doigts de Paul Emploi. Malgré tout  j’ai beaucoup détricoté le système de pensées dans lequel j’ai grandi et contre lequel je me suis de toute façon toujours rebellée, enfant, puis ado. J’ai parfois réussi à trouver des tafs où une partie de moi y trouvait un peu son compte, histoire de tenir un peu sur la longueur. Mais plus j’avance dans mon détricotage et plus je réalise que bientôt je ne pourrai plus faire avec. Déjà aujourd’hui je tiens au prix d’une énergie folle dépensée à garder un semblant d’équilibre entre les deux eaux. Ces trois jours d’arrêt me mettent bon gré mal gré devant cette évidence.
Ma chute de tension, c’est un peu le résultat de la secousse sismique que m’a causée Katie et l’évidence de sa liberté dans l’amour sauvage de Dilly Dally. Mais c’est aussi le résultat de mois entiers à lutter à contre-courant alors que plus le temps passe, plus mes entrailles laissent passer une lumière hurlant à l’Univers et m’appelant à ma juste place.

Don Juan disait il y a 50 ans à Carlos Castaneda, qu’une fois qu’un homme a ouvert sa trouée, il n’a plus d’autre choix que de vivre comme un guerrier. C’est exactement ça. Quand tu as commencé à ouvrir la brèche qui te permet d’entrevoir le véritable sens du monde, de la vie, de l’univers, alors tu ne peux plus faire semblant, continuer à te réfugier derrière les faux-semblants d’un taf par défaut, d’un système auquel tu ne crois pas, des balivernes des croyances limitantes. Tu n’as plus d’autre choix que de vivre comme un guerrier. Ou mourir.

Je réalise pendant ces jours de repos combien ma trouée est grande ouverte, béante ; ce ‘gouffre à l’intérieur‘, qu’adolescente je sentais littéralement me happer de l’intérieur, comme un appel aspirant vers un puits sans fond, au creux de mes entrailles. Parfois cet appel me prenait dans mon lit, le soir, et encore aujourd’hui il est parfois la cause de vertiges et de pertes d’équilibre, qui m’empêchent de traverser certains ponts, de marcher près d’un ravin trop raide… Il aura fallu tout ce cheminement, une rencontre primordiale et la lecture des livres de Castaneda pour comprendre combien je dois écouter cet appel. Toutes les épreuves traversées dans ma vie ne sont pas le fruit d’une malédiction ou de mauvais choix de ma part. Je crois que je n’ai plus à avoir honte, ou peur, ou à me sentir illégitime, pour pouvoir dire que je suis née pour vivre comme une guerrière, et que si je laisse mon gouffre, ma trouée, s’emplir à ras-bord de lumière, alors je serai à ma juste place. Une folle pour les un·e·s. Une puissante sorcière d’amour inconditionnel pour les autres.

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