little buddha

Je lance des miettes de biscuit aux mouettes. Elles volent partout autour de moi, par dizaines, et surfent dans l’air juste devant mes yeux, analysant chacun de mes gestes de leur regard noir et brillant. Croiser leur regard est un cadeau de l’Univers.
Il n’y a pas de mot assez grand pour raconter ce genre de moment suspendu. Il n’y a pas de mot assez grand pour décrire les animaux et la nature.

Et alors que je m’assois avec elles au bord de l’eau, tu viens t’asseoir à mes côtés. Ca faisait longtemps, je suis un peu surprise, mais ça me fait tellement plaisir. Tu me demandes si on peut écouter notre chanson des Crash Test Dummies. Je la mets. Chacune une oreillette. Puis tu me demandes si je peux mettre High Hopes de Pink Floyd. Evidemment. Un sourire radieux illumine ton visage. Ta grande bouche entrouverte s’étire pour rire, ton rire cristallin et enfantin, et tes yeux turquoise se lèvent vers le soleil immaculé. Tes longs cheveux d’or dansent dans les airs autour de ton visage angélique. Nous parlons des garçons, ces garçons qui nous plaisent tant. Nous parlons de tes parents, de ta petite sœur qui bécotait mon petit frère quand ils savaient à peine marcher. Des chats qui sourient. De Ludwig Von 88 dans ta chambre mansardée et des nuits blanches à la belle étoile avec Zigzag et Chaussette. De tes pizzas maison délicieuses. De nos rouges à lèvres identiques, qu’on achetait ensemble et qu’on mettait ensemble le matin, toujours un joli brun foncé, à peine sanglant. Des retours difficiles sur ton scooter, totalement défoncées, où tu mettais mes lunettes pour mieux voir la route dans la nuit noire entourée d’arbres immenses. Et de tout ce qui n’appartient qu’à nous. Deux doigts de la même main.

On laisse les mouettes et les canards, et tu me raccompagnes jusque devant le bâtiment où se trouve mon bureau. Je te demande, encore une fois, si tu vois le ciel et le soleil, comme moi, de là où tu es maintenant. Tu prends ma main dans la tienne, ta petite main blanche et délicate. Tu ne réponds pas. Je sais bien que je dois regarder le ciel et le soleil chaque jour pour toi. Je n’y suis pour rien mais je m’en veux que tu ne sois plus là. Comme si j’avais pu faire quelque chose, par exemple en t’invitant à faire autre chose ce soir-là. Je sais que c’est absurde.

Tu es partie le 22 juin 2001, l’âme fendue en deux par un camion fou, sur une route comtoise dans le lever du jour, après une nuit de fête de la musique. Tu avais 21 ans. Je crois qu’il faut que je l’écrive bien ici, parce que pour moi c’est toujours totalement impensable, impossible, irréel. C’est comme si pour moi, ta mort n’existait pas. Je sais que le monde vit sans toi, mais je ne peux pas dire que j’ai fait le deuil de toi, parce qu’en fait, tu es toujours là, tu traverses le temps et les mondes telle une divinité 90’s, la plus belle des étoiles. C’est toi qui emplissait le ciel de beauté samedi soir, tu es devenue la voie lactée.

Merci d’être venue me voir aujourd’hui. Laëtitia. Forever and ever. My little buddha

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