World of Blue

C’est ce jour-là, suite à cet épisode littéraire, à une période de ma vie hantée par l’angoisse de faire le mauvais choix, c’est ce jour-là que j’ai compris que je devais, plus que tout au monde, rentrer chez moi. À Montpellier. Il y a 2 ans.

Je t’aime ma ville bleue d’amour. Merci pour tout.

 


28 décembre 2015

‘Au départ j’étais allée à la librairie pour commander un autre livre, dont j’avais lu la critique dans un magazine, mais avant même d’avoir franchi la porte d’Eurêka, je m’étais dit qu’en fait non, il fallait que je garde mes sous, que je ne pouvais pas me payer un livre à 20 balles en ce moment, et puis commander un livre, parfois c’est source de déception, parce qu’on ne peut pas lire une page ou deux pour voir si on aime le style d’écriture…

Bref, je suis entrée à la librairie pour flâner plus qu’autre chose. Parce que j’aime bien cette librairie, à l’atmosphère douce et apaisante. Pierre m’a demandé si je voulais des conseils, et j’ai dis que non, qu’en fait je ne savais pas ce que je cherchais. Je crois qu’au bout d’une demi-heure à me voir errer parmi les couvertures, il a eu raison de me proposer un conseil quand même. Il y a des libraires, rares et précieux, qui ont un don. Celui de poser le doigt sur le bon livre, encore mieux qu’un psy qui mettrait le doigt là où ça fait mal, car le libraire-chamane ne te demande rien, ou si peu, il ne creuse pas tes cicatrices et ne prend pas 60 Euros de la demi-heure, il ne te fait pas d’ordonnance flippante qui te rendra addict à des substances chimiques pour les deux années à venir, non, il devine en silence, juste en te regardant errer entre les étagères, parfois même, peut-être, sans s’en rendre compte lui-même.

Bref, je suis repartie avec « Quand le diable sortit de la salle de bain » de Sophie Divry. Née en 1979 à Montpellier. Une Sophie… Une montpelliéraine… Tiens donc. C’est un livre qui raconte les galères d’une Sophie, montpelliéraine immigrée à Lyon, qui essaie de trouver du sens à sa vie, et accessoirement d’écrire un bon bouquin. Une Sophie montpelliéraine immigrée, écrivain avortée… Tiens donc. Il devient en tout cas évident que mon prénom n’a jamais autant résonné que depuis que j’ai appris à l’apprécier.

Bref, le style n’est pas à couper le souffle, mais le ton me plait quand même, et j’en étais à la page 97, quand le marque-page de la maison d’édition est tombé sur ma couette. Il était à la page 146. Je suis trop curieuse, le nom d’une rue attire mon regard, du coup tant pis si je me spoile toute seule, je lis la page 146 un peu en avance.

 » J’aurais préféré arriver en train, mais c’était devenu deux fois plus cher. On me laissa derrière la gare. La voiture s’éloigna en hurlant, se recollant à l’immense masse des voitures pareillement polluantes. J’étais à bout de nerfs quand, sac au dos, je remontai la rue de Maguelone. Il était dix heures du matin. C’est alors qu’en levant les yeux, je reconnus les façades blanches de la place de la Comédie, et, au-dessus, pur et lumineux, le ciel bleu montpelliérain. Dans les autres pays, le bleu, eh bien, c’est le ciel, on n’a pas idée que l’on peut marcher dedans. Mais ici le bleu occupe tout, remplit tout. On boit du bleu, on respire du bleu, on fait une cure de bleu. Alors, au plus profond de moi-même, une horloge cachée, silencieuse, et pourtant jamais éteinte, refit entendre son tic-tac. Des bulles de bonheur montèrent jusqu’à mon visage, et toute ma misère disparut dans ce bleu ; à croire qu’il existe à Montpellier un bleu originel, qui se diffuse ensuite dans le ciel de France sur un mode moins puissant, moins pur et moins réverbérant que ce bleu surplombant les immeubles de la place de la Comédie ; à croire que tout ce que j’avais pu vivre à Lyon n’avait jamais été qu’une dégradation de la tonalité originale, que j’avais touchée ici, et qui avait pour toujours coloré ma vie. « 

Et là j’ai posé mon livre pour fondre en larmes.’


Et merci Pierre Thomine de Eureka Street, meilleure librairie de Caen.

 

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