Who is the dreamer ?

Twin Peaks c’est fini.
Twin Peaks c’est fini.
Twin Peaks c’est fini ?

Je vais sans doute devoir l’écrire encore un paquet de fois pour espérer peut-être, un jour, accepter une chose pareille. Ou pas. David Lynch, en un quart de siècle, a façonné un univers si puissant autour de cette petite ville paumée et de ses habitants, et a su toucher si profondément dans ce que nous avons de plus intime, qu’on ne peut sortir indemne d’une expérience pareille. La saison 3 aura été si troublante de retrouvailles. Ces visages vieillis de plus de 25 ans, la Dame à la Bûche rendant l’âme presque sous nos yeux, en nous faisant des adieux à sa mesure, discrets mais puissants, et les absents malgré eux, Jack Nance aka Pete Martell qui finalement pourra aller pêcher tranquille, David Bowie aka Phillip Jeffries, qui aurait dû faire partie de ce Return, et apparaîtra finalement sous la forme d’une théière géante, ayant le pouvoir de partager moult informations d’importance, et d’ouvrir le temps et l’espace…
Dans cette dernière saison, Lynch n’aura eu de cesse d’aimer encore et encore ses actrices et acteurs, les disparu·e·s comme les vivant·e·s, offrant des rôles fous et des scènes divines à celles et ceux qui sont encore là, laissant certains épisodes en offrandes aux fantômes de son œuvre. Les images ne trahissent pas, on y voit les personnages avec ses yeux à lui, intimement, et il y a de l’amour inconditionnel là-dedans.

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Twin Peaks a dépassé les frontières de la série, pour devenir une œuvre d’art majeure, un ovni total comparé aux séries d’aujourd’hui. J’ai souvent caressé l’espoir qu’un être humain puisse avoir suffisamment d’âme pour créer quelque chose d’aussi profond, puissant, avec tant d’amour et de passion, une œuvre qui fasse tomber toutes les barrières, toutes les limites, hors du temps, hors des codes, hors du cadre. David Lynch l’a fait. Il a transcendé le cinéma. En prenant son temps, en dédiant sa vie à ses actrices, acteurs, personnages, et être témoin de cela n’a pas de prix, et montre qu’un autre cinéma,  bien bien loin du mainstream, est possible, et nécessaire. Vital.

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Un cinéma totalement libre visuellement et narrativement, une odyssée onirique sublime, des noirs et blancs à tomber, un lâcher prise total, un voyage spirituel au-delà des mondes.

Et puis toujours, ce travail incroyable du son, nourrissant les images et les scènes de puissance et de beauté, poussant le miracle jusqu’à nous offrir une nouvelle merveille musicale à chaque fin d’épisode… Ces actrices et acteurs dément·e·s de talent qui donnent tout, jusqu’à leur âme… Et puis toujours, creuser au plus profond de l’âme humaine et nous amener ainsi à une expérience qui nous changera pour toujours.

C’est assez fou de réaliser au cours des deux derniers épisodes, que dès le début, il y a plus de 25 ans, Lynch savait déjà ce qu’il comptait faire un quart de siècle plus tard. Je suis convaincue, au vu du déroulement des derniers épisodes, que les scènes de Laura (et James) le soir de sa mort, et le comportement paniqué et changeant de Laura, ne sont pas le fruit du hasard ou d’un effet de style. Lynch avait très bien en tête qu’elle voyait Cooper, caché derrière les arbres, venu la chercher au-delà de l’espace et du temps, pour tenter de la sauver. Ce n’est pas un hasard si elle parle de lui dans son journal, si elle sait l’avoir déjà vu, en rêve. Cooper et Laura sont liés bien au-delà des frontières de l’espace-temps. D’ailleurs ils finissent le voyage ensemble, seuls au(x) monde(s). Et comprendre après toutes ces années, que le cri de Laura dans la forêt le soir de sa mort, en regardant dans les buissons, est dû à la terreur éprouvée en reconnaissant ce personnage de ses rêves, aaaawwwwww… Tant d’amour et d’horreur dans tout ça ❤

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Et puis c’est la fin. Cette fin si troublante, ce dénouement qu’on croit voir venir enfin, mais qui se retourne sur lui-même et nous laisse dans un désœuvrement total, démuni·e·s, perdu·e·s, abasourdi·e·s. Définitivement traumatisé·e·s. Lynch nous aura déstabilisé·e·s jusqu’au bout, jusqu’à la dernière seconde.

Alors on tente de faire le deuil, plus ou moins, on s’imagine qu’on va pouvoir reprendre une vie normale. Il n’en est rien. D’autant que Lynch revient à la charge. Le chamane des mondes parallèles nous explique que les deux derniers épisodes ont été conçus pour se regarder aussi en même temps, synchronisés, calqués l’un par-dessus l’autre. On appelle ça Overlay. Ouais rien que ça, Dadou il a pensé ses plans et ses montages sur ces deux derniers épisodes de façon à en créer un ultime en les superposant, développant ainsi une lecture complémentaire de toute cette folie. Gourou de l’Univers.

Et cette lecture est si incroyable. Une expérience totalement transcendantale. Des parallèles souvent bouleversants, et sur la fin, terrifiants. Certains éléments de l’intrigue dont on était jusqu’alors convaincu·e·s, volent en éclat. Et nous avec.

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Et alors en fait, Laura ? Où est-elle ? Quand est-elle ? Est-ce réellement son père qui l’a tuée, puisque Cooper a visiblement réussi à la sauver, mettant sa mère dans une colère apocalyptique ? Est-ce alors la mère de Laura qui l’a tuée ? Qui l’aurait confinée hors des mondes pour l’éternité ?

Who is the dreamer ?
Is this future, or is this past ?

Les saisons 1 et 2 de Twin Peaks m’avaient profondément surprise, je n’avais jamais vu un truc pareil, une espèce de soap burlesque et vintage, un truc entre Dallas et X Files, inclassable, avec une bande-son très marquante, des personnages si particuliers, un monde à part. Le film Fire Walk With Me s’est placé immédiatement tout en haut de la liste des films qui ont changé ma vie. La saison 3 de Twin Peaks a fait pareil, comme peu d’œuvres le font. Certains livres peuvent marquer autant. Je comprends les personnes qui ont eu envie de faire du cinéma en voyant des films de Lynch. Un artisan exigeant de l’image et du son, qui réunit le réel et l’imaginaire, qui ouvre les portes entre les mondes, qui aime ses actrices, acteurs et personnages peut-être plus que lui-même, qui nous offre une œuvre globale, un univers étendu, des ramifications de toutes parts, de quoi affoler notre imagination, en allant là où se cachent les plus noueux mystères de l’âme humaine, pour le meilleur et pour le pire.

 


‘Through the darkness of future past
The magician longs to see
One chants out between two worlds
Fire, walk with me.’

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