brèves de mars & amours littéraires

Brèves de mars :

J’ai terminé ma mission intérim et j’en profite pour aller au yoga jusqu’à 4 fois par semaine. Beaucoup de bienveillance en ce lieu qui est devenu un peu ma deuxième maison. Le cours d’hier m’a emplie de gratitude. Je suis en train de comprendre beaucoup de choses et d’ouvrir des portes par rapport à mon corps, à pourquoi j’ai mal ici ou là, au fil des mois le yoga change ma vie. Même si encore beaucoup de travail pour parvenir à, comme dirait Fanny, « trouver le bien-être même dans l’inconfort », surtout psychiquement, spirituellement.

Demain je vais à un forum Emploi et Formation au parc expo, à priori surtout pour la partie formation, parce que ce serait bien de trouver des pistes de réflexion pour savoir un peu ce que je vais faire demain pour être à ma place.

Et je suis inscrite pour le prochain Kino Caen ! Je vais y retrouver pour quelques jours toutes ces personnes avec qui j’ai passé 5 ans de ma vie, et dont je me suis éloignée en rentrant chez moi il y a 8 mois. Ca va être beau et love à fond et je vais rentrer avec un film à partager !



Amours littéraires :

Ou comment j’ai finalement rencontré le livre de ma vie.

Despentes m’a beaucoup marqué avec l’ensemble de ses écrits, surtout par son style en fait. Bye Bye Blondie reste un livre qui m’a énormément touché. Les tomes 1 et 2 de Vernon Subutex montrent toute l’épaisseur dans l’écriture acquise par l’auteure au fil des années, tout en gardant sa hargne et sa punkitude tendre-amère. C’est une auteure à laquelle je me sens liée, qui me relie à mes 90’s, à mes ombres, à mes racines. J’ai commencé à la lire à 18 ans avec Baise-moi, et ce jour-là une nouvelle forme de littérature s’est ouverte à moi, j’ai découvert en somme qu’il y avait autre chose que la bibliothèque verte, ahah.

Puis il y a eu mon bref passage autonome à la fac, cette si belle année d’auditrice libre à Paul Va, et la merveilleuse rencontre avec J., lecteur espagnol et poète ibérique, dont les conseils de lecture ont magnifiquement nourri mon esprit avide de magie. Principalement avec Les Détectives Sauvages de Roberto Bolaño. Epopée surréaliste d’une poésie sauvage incomparable, chef d’œuvre absolu aux voix multiples, lumineux et magique. Une sorte de road-trip-western de la poésie, et la découverte d’un auteur grandiose.

Plus tard, mes échanges avec T. m’ont amenée à ouvrir L’insoutenable Légèreté de l’Etre de Kundera. Fiction philosophique extraordinaire sur l’amour et les différentes façons d’aimer, sur la légèreté et la pesanteur qui peuvent guider nos vies, sur la solitude de l’âme et du corps, ou encore le don de soi, il m’est aujourd’hui impossible d’effacer de mon coeur Sabina et Tereza, et l’éternel et aimant sourire de Karénine.

Bien avant, Caro m’avait prêté un livre, en me promettant que je l’aimerais. Mais j’étais en plein bouleversement de vie, à l’aube de mon retour vers ma chère Occitanie, et je lisais alors Femmes qui courent avec les Loups de Clarissa Pinkola Estés. Bible de vie pour toute femme qui veut rester libre et sauvage, outil de réflexion intérieure sur ce que nous sommes et sur notre nature sauvage, c’est probablement un livre qui appartient à des phases de vie, et qui peut se lire en plusieurs fois tout au cours de la vie. J’en ai lu la moitié tout en cheminant ce choix de rentrer chez moi, et il m’a sincèrement aidé et soutenu dans les moments de doute où j’avais besoin de retrouver foi en moi-même et en mon instinct. Peut-être la seconde moitié attend-elle le prochain passage vers un autre chapitre de vie, pour s’ouvrir à nouveau à moi.

Mais je n’avais pas oublié le livre conseillé par Caro. Et une fois rentrée à la maison, posée, installée, apaisée, j’ai enfin ouvert Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Dont j’ai déjà parlé ici après l’avoir terminé. Œuvre folle à la passion brûlée vive, écrite par une jeune fille qui pourtant n’a jamais connu pareil amour, si ce n’est dans l’imaginaire de ses nombreuses lectures, ce livre est un cri sauvagement gothique, enragé, obsessionnel, une ôde à la folie humaine, sur fonds de malédiction familiale et de décors décharnés.

C’est alors qu’intervient le Loup. Un magnifique loup en leggings jaune, aux allures de conquérant. La définition même de cette citation de Thoreau que j’aime tant, « toutes les bonnes choses sont sauvages et libres ». Cette rencontre furtive mais profondément bénéfique amènera des échanges avec Sophie au sujet de cette espèce mi-humaine mi-animal-sauvage, et c’est là qu’est tombé entre mes mains Le Loup des Steppes de Hermann Hesse. Récit initiatique et spirituel d’un homme sauvage, solitaire et dépressif, qui cherche à retrouver foi en l’humanité, ce livre est une profonde réflexion philosophique sur le genre humain, et sur son étrange capacité à reproduire sans cesse les mêmes erreurs. Ecrit dans l’Allemagne des années 20, la justesse et la lucidité presque prémonitoire des mots quant à l’état du monde actuel, sont troublantes et puissantes. Partant d’une situation de vie tout à fait banale, l’histoire prend crescendo une tournure fantastique et barrée, mais toujours philosophique sur le sens de la vie, pour se terminer en apothéose théâtrale, en conservant tout du long plusieurs possibilités de lecture et de compréhension.

Et c’est là qu’arrive enfin le livre de ma vie. C’est le partage d’une image sur Facebook qui m’amène à suivre conseil et ouvrir Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. L’auteur aura travaillé sur ce livre pendant les 12 dernières années de sa vie, jusque sur son lit de mort, jusque dans ses dernières fièvres hallucinatoires, accompagné les derniers temps par la femme de sa vie, qui lui relisait des passages pour apporter encore et encore des corrections, des ajouts… Pourtant, en pleine dictature stalinienne, mourant et condamné, il savait bien que jamais ce livre ne serait édité de son vivant. Il le fut en effet 25 ans plus tard.
Outre ces conditions d’écriture fascinantes, ce livre est une ôde (oui j’aime bien ce mot) aux fous, aux marginaux, aux artistes, aux rebelles, aux anti-conformistes, à la liberté. Mais aussi à l’amour, à la magie, aux diableries. Avec un style hyper maîtrisé, fluide et vivant, bourré d’humour et de burlesque (on sent bien que l’auteur écrivait aussi pour le théâtre, on voit réellement les scènes se dérouler sous nos yeux, les personnages existent), Boulgakov raconte l’histoire de Satan et de ses acolytes parcourant les rues de Moscou dans les années 30, revisitant l’histoire de Ponce Pilate, posant la question de l’existence de Dieu et surtout du Diable, et manœuvrant le tout pour encadrer une magnifique histoire d’amour entre un écrivain maudit et son âme sœur Marguerite, qui appelle son amour Le Maître, et qui donnera son âme au diable et deviendra sorcière.

behemot rides_1000 par margaux carpentier(illustration : Béhémoth, par Margaux Carpentier)

Si tu aimes la folie, la liberté, la magie, le spectacle, le burlesque, la satire, les diableries, les sorcelleries, la lune, le mystique, les chats noirs, la littérature, l’amour, ce livre est pour toi et te nourrira d’envie éternelle.
En ce qui me concerne c’est à l’heure actuelle le livre que j’aime le plus au monde. Je l’aime d’amour pour plein plein plein de raisons, certaines objectives, d’autres totalement personnelles. Il m’a marqué pour toujours. Il raconte beaucoup de choses qui résonnent avec ma vie, avec ce que je suis, avec ce que j’ai vécu. Et tant de maîtrise dans l’écriture pour une œuvre aussi folle, il y a finalement peu de mots à la hauteur…

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(illustration : Le Maître, Marguerite et Béhémoth, par confusedlarch)

Les livres qui nous marquent sont toujours liés soit à des personnes, soit à des périodes de vie. Les livres écrivent aussi notre propre existence. Ils sont comme des marque-pages de notre histoire à nous. Le Maître et Marguerite est à ce jour la quintessence de moi-même. Quel bonheur éternel d’avoir trouvé cette histoire sur mon chemin de vie.

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