Heathcliff

Bon j’avais dit que j’écrirais à l’occasion un texte un peu intime sur Heathcliff, faute d’en avoir trouvé un seul passage dans tout le pavé d’Emily Brontë. Les Hauts de Hurlevent est un aveux d’amour total pour ce personnage fou, et en plus de 400 pages, pas un seul moment d’amour physique, alors que tout le long la tension sexuelle est à son comble. Peut-être parce qu’Emily, justement, n’a jamais connu l’amour charnel…
Bon et puis aussi je réalise que ce n’est pas si facile, d’écrire un texte comme ça sans que ça sonne mal, faux, mou, ou je sais pas quoi. Mais je vais tenter quand même et faire de mon mieux ahah, en tentant de garder ce ton passionné si cher à Emily, c’est un bon exercice d’écriture, et puis merde Heathcliff le vaut bien !

Heathcliff. Heath Cliff. La Falaise de Bruyères…


Une nuit d’hiver. Une de plus parmi toutes les autres, identiques comme des collages à l’infini. Snow regarde par la fenêtre gelée. Le ciel est noir et parsemé de lignes bleues par endroits, comme des traces laissées par le passage d’habitants célestes. Plongée dans ses rêveries, elle sursaute quand la porte s’ouvre, laissant entrer un courant d’air plus froid que la mort elle-même. Une silhouette imposante se découpe entre la nuit du dehors et la lumière tiède du hall. L’homme s’avance en silence dans le cottage vide. Il demande un verre à Aaron, dans un anglais maladroit. Il n’a pas du tout l’accent irlandais. Ici sur la baie de Dingle, tout le monde se connait, et Snow n’a jamais vu cet homme auparavant. Jusque-là en retrait, elle fait quelques pas pour mieux l’observer. Il boit son verre immobile, droit comme un I, le regard dans le vague. Il ne ressemble à aucun habitant du village. Ses cheveux sont aussi foncés et épais que ceux de Aaron et ses frères sont blonds et fins. Soudain, comme s’il se sentait observé, il lève les yeux et se tourne vers Snow. Elle rougit, peu habituée aux étrangers. Son regard est noir comme la nuit dehors, un noir de jais, un regard d’animal sauvage près à bondir. Ses sourcils épais et élancés lui donnent une expression indéfinissable. Sa bouche charnue semble ne vouloir laisser passer aucun son humain. Il abandonne son verre et s’approche. Snow tient son regard autant que possible. Il plisse les yeux comme pour lire dans son âme avec ses deux soleils noirs. Il est suffisamment proche pour qu’elle puisse entendre son souffle et en sentir l’humidité chaude. Il lève une main épaisse et frôle sa chevelure rousse. Ses cheveux incendiaires d’irlandaise. Il semble à peine y croire. Malgré son expression indéchiffrable, comme entre la rage et l’envie, Snow sent cette attraction électrique qu’elle procure à certains hommes sur son passage. Elle n’ose prononcer un mot ni bouger un cil. D’habitude, ce sont des hommes du village, voire des amis. Mais aujourd’hui elle se sent tellement ennuyée de ces visages trop familiers. Tous trop bien élevés. Elle aime leur tendresse et leurs attentions, mais tout est devenu si prévisible ici. Elle tourne en rond. Cet homme face à elle, son visage anguleux et son regard d’animal aux aguets, n’est-ce pas un signe de plus que les choses doivent changer ? Que si elle veut retrouver cet amour profond de vivre qu’elle ressentait, avant, elle doit se laisser guider par d’autres forces, d’autres appels. Ceux de l’instinct.
Son âme toute entière tremble comme une petite flamme fragile, quand elle pose ses doigts blancs sur le poignet doré en apesanteur près de ses cheveux. L’homme semble comme réveillé d’un songe tortueux. Il pose sur elle un regard mystérieux. Enferme la petite main froide dans la sienne, chaude, ferme. Elle ne respire plus pendant de longues secondes.
« Je suis Snow Rully, de la maison Rully. Qui êtes-vous ? », ose-t-elle dans un souffle.
Il la dévisage comme une bête curieuse.
« Heathcliff »
Heathcliff. Elle comprend que ce sera tout. Comme un surnom. Heathcliff. La Falaise de Bruyères.
Alors elle n’écoute que son instinct et l’entraîne aussi discrètement que possible vers le fond de la pièce, sous le regard ébahi de Aaron derrière son bar, qui se retrouve seul dans la petite salle rustique du rez-de-chaussée.
En avançant dans le petit couloir de l’étage, Snow et Heathcliff passent le long d’un miroir horizontal aux arêtes vieillies par le temps. Elle croise alors leur reflet. Sa peau translucide tranche à côté de son teint buriné par les voyages, et ses cheveux roux sont comme un écho de lumière au feu de ses yeux noirs. Ils s’arrêtent tous les 2. S’observent mutuellement dans le reflet. Sans un mot. Elle lui sourit. Il semble vouloir essayer aussi, mais ça ne provoque sur son visage qu’une expression aussi étrange et impossible à décrypter que les autres. Elle ferme les yeux quelques secondes comme pour enregistrer leur portrait dans sa mémoire, et ouvre doucement la porte de sa chambre.
Pendant qu’elle ferme derrière eux et fait un tour de clé, Heathcliff fait le tour de la pièce. Il regarde tous les bibelots sur les étagères, tous les cadres accrochés. Il semble perplexe à l’idée qu’on puisse entasser autant d’objets futiles entre quatre murs. Snow le regarde poser son sac de voyage dans un coin. C’est vrai qu’il semble venir de loin et peu encombré de bagages inutiles. Comme s’il entendait ses pensées, Heathcliff se tourne de nouveau vers elle. En une enjambée immense il est de nouveau si proche qu’elle peut sentir chacune de ses respirations profondes. Elle sent aussi l’odeur troublante de sa peau, terreuse et puissante. Il passe une main dans ses cheveux et en attrape toute une masse. Son autre main vient se poser sur son cou. Elle a à peine le temps de s’y habituer qu’il enveloppe sa bouche rose de ses lèvres épaisses. Elle sent le creux de son ventre exploser. D’envie, de peur et de plaisir. Défait avec empressement les attaches de sa tenue de cavalière. Elle a toujours boudé les jolies toilettes, si peu confortables, et si peu adaptées pour monter à cheval, elle qui cavale comme les hommes sur la baie de Dingle, ne faisant qu’une avec sa monture, lovée contre son encolure, le visage enfoui dans sa crinière. Derrière ses traits d’infante délicate dort une femme sauvage qui attend tranquillement son heure. L’heure où s’ouvrira le chemin pour s’échapper de Dingle, s’échapper du village, s’échapper de ce cocon familier et courtois dans lequel son âme s’oublie en douceur.
Le vent dehors vient frapper les volets en bois, qui claquent violemment contre la fenêtre. Elle ouvre alors grand ses yeux gris sur Heathcliff. Ses traits semblent vaguement apaisés, comme si l’intimité le soulageait. Il a laissé au sol sa veste épaisse et sa chemise. Son corps est comme sous tension, ses bras noueux et secs, et sa peau est par endroits brûlée pour toujours, par le soleil de pays dont elle soupçonne à peine l’existence. Elle passe sa petite main blanche sur ce dégradé de taches sombres et dorées. Comme un ciel d’étoiles solaires. « C’est beau… ». Il semble déstabilisé par ce compliment. « Merci… ». Quelque chose change alors. Un sourire se forme sur son visage, un sourire réel, pas une grimace hésitante et torturée. Un sourire un peu fou de lâcher prise désordonné. Avec toujours ce voile de sauvagerie. Il empoigne de nouveau ses cheveux à pleines mains, lentement mais avec fermeté. L’emmène sur le lit et finit de la déshabiller en caressant son entre-jambes. Elle ferme les yeux et les poings quand dans la pénombre il embrasse son sexe à pleine bouche, avec une envie non contenue.
Alors Heathcliff ne la lâcha plus. Agrippé tantôt à son dos cambré, à son ventre si accueillant, à ses hanches profondes et sensuelles, il s’employa à lui donner tant de plaisir qu’elle en pleura malgré elle des larmes brûlantes. Il semblait vouloir rester en elle jusqu’à ce que mort s’en suive. Il s’abandonna lui aussi totalement, la regardant pleurer et crier d’émotion avec un étonnement sincère. Il eu le plaisir expressif et puissant. Quand elle prit son sexe démesuré dans sa bouche fine et aimante, il parut laisser s’échapper mille démons, mille fantômes, et retrouver une liberté d’âme perdue depuis plusieurs vies.
Quand ils s’endormirent enfin, il eut un repos très agité, parcouru de soubresauts, brûlant de fièvre. Elle voulut se serrer contre lui, mais le sommeil sembla être pour lui la chose la plus solitaire du monde.
Au matin il partit tôt et sans un mot. Tout ce qu’il lui dit, ce fut avec les deux soleils noirs vibrant rageusement dans ses yeux. Snow le regarda disparaître dans une tempête de neige épaisse, immaculée. Il n’avait pour elle plus rien d’un étranger. Dès les premiers regards échangés, Snow avait eu le sentiment de le connaître depuis toujours. Malgré la noirceur profonde et ancrée d’une partie de son âme, il laissa sur son passage un chemin éclairé vers un monde sauvage et libre.


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