la paz

J’essaie d’utiliser ces 4 jours – au chaud à la maison à soigner ma trachéite – pour retrouver ce que le quotidien de ce boulot alimentaire stressant me fait parfois perdre de vue : bienveillance, paix, empathie, amour.

Je fais partie de ces personnes qui sont vite happées par la violence d’un quotidien trop rapide et trop subi, et je suis une éponge émotionnelle. Si autour de moi les gens sont en fête, je suis en fête, si autour de moi les gens sont colère, je peux vite me braquer, si je suis entourée de tristesse, j’ai tendance à déprimer, si je suis entourée de stress, j’angoisse, etc.

J’ai besoin de prendre le temps de faire les choses en conscience pour qu’elles aient du sens. Et mon quotidien actuel ne me le permet pas toujours. Alors sous pression, je replonge dans des vieux démons, angoisses, stress, mauvaise humeur, perte de confiance, difficultés à aller vers les autres même quand j’en crève d’envie… Ce qui a été durement acquis à force de travail personnel – à savoir retrouver et nourrir ma vraie nature, aimante, sociable et généreuse, apprendre à apaiser ma part d’ombre et à aimer ma propre lumière – peut se trouver au moins temporairement étouffé par un quotidien qui ne me correspond pas. Je peux m’adapter bien sûr, je peux composer avec ce qui m’entoure, mais dans une certaine mesure seulement, et là j’avoue que cette trachéite et cette tension basse me permettent de me retrouver un peu. Quand je pense qu’avant je n’avais pas le yoga pour lâcher prise et me recentrer… Je ne sais pas comment je faisais. Ah oui je gardais je gardais je gardais, ça me rongeait et je pétais les plombs. You-pi.

Ca fait tellement longtemps que je ne me sens pas en harmonie avec le rythme que la société nous impose. Hum, depuis toujours. J’écris depuis plus de 15 ans et ça fait plus de 15 ans que je me plains plus ou moins régulièrement que ce rythme-là me sabote la vie. Je sais bien que je ne suis pas la seule, et qu’il y a bien pire, et qu’on est nombreux à rêver d’aller vivre au bout de l’Univers peinard sans horaires et sans obligations. Mais je préfère continuer à croire qu’un jour, l’utopie d’un quotidien plus harmonieux sur le long terme sera possible, plutôt que me résigner et me soumettre totalement. Il s’agit juste de trouver l’équilibre et d’avoir la force intérieure pour ne pas subir trop de dommages, en restant le plus hermétique possible au pourrissement du système. Mais voilà, des fois on y arrive bien, et des fois on n’en peut plus. C’est humain. Respirer. Rester positive.

Alors ces 4 jours, j’en profite pour retrouver mon chemin vers ce que je veux au plus profond de moi, sans être parasitée par des énergies toxiques pour moi. Et je veux la paix, m’offrir la paix que je mérite et la partager avec ceux qui en manquent (et rire et danser et chanter aussi, et passer du temps avec les gens que j’aime, et dévorer des livres incroyables, et regagner confiance en caressant une barbe blonde, coucou).

Hier soir sous ma fenêtre il y avait de nouveau Casquette et Chien Blanc. Le SDF à casquette et son gros chien blanc qui trainent entre mon quartier et les Beaux-Arts. Un petit gabarit aux cheveux et aux yeux noirs, le teint buriné et les mains caleuses, sans âge – il peut faire 35 ans comme 50 – , plutôt tranquille, et son magnifique chien blanc aux poils mi-longs, un peu comme la Belle de Sébastien, plus tout jeune à en voir sa façon de s’économiser, la sagesse dans son regard, ses postures et la forme de son corps. Cet été ils se posaient souvent sur les marches de la placette. Maintenant que le froid et l’hiver s’installent, Casquette est un peu moins marrant. Il ne fait plus de blague sur mon teint de porcelaine alors qu’il est tout noirci par le soleil, il ne me souhaite plus bon appétit quand je passe avec un sandwich. Non maintenant il perd patience et s’énerve sur son chien. C’était le cas hier soir, il voulait lui attacher une déco de Noël sur son collier, et comme il n’y arrivait pas il engueulait le chien, le forçait à se coucher, le poussait méchamment. J’ai ouvert la fenêtre quand j’ai entendu Chien Blanc aboyer. Cet aboiement aigu que font les chiens pour rappeler à leurs maîtres qu’ils agissent mal. Des gens qui habitent là aussi essayaient de calmer Casquette. ‘Ne fais pas de mal à ton chien hein, c’est ton meilleur ami. Tu nous as aidé tout à l’heure c’était super sympa. Ne fais pas de mal à ton chien.’. Casquette a ronchonné et a fini par ôter son collier à Chien Blanc, pour faire sa déco en se posant sur les marches, son bric à brac sur ses genoux et à ses pieds. Chien Blanc a filé sur la place sans demander son reste, s’est ébroué dans tous les sens du plaisir de ne plus avoir d’attache, puis s’est couché, à distance de son maître, face à lui, et ne l’a pas quitté des yeux une seule seconde, l’air mi-inquiet mi-bienveillant.
Alors j’ai pensé aux chants que nous font faire Aline et Ippei à la fin de leurs cours de yoga. Des Om les plus longs et les plus profonds possible. Aline nous indique toujours la destination de ces Om. A l’intérieur de nous-même, à l’ensemble du groupe, à l’attention de tout l’Univers… On les fait toujours par 3. Alors depuis ma fenêtre j’ai fait 3 Om, un pour Casquette, un pour Chien Blanc, et un pour l’entité, le couple, la famille qu’ils forment. Pour qu’ils retrouvent un peu de paix et de chaleur, à l’intérieur de chacun d’eux, et l’un envers l’autre. Pour qu’ils trouvent la force de rester unis malgré l’arrivée du froid.
Je suis restée un moment à la fenêtre à leur envoyer toute la paix que je pouvais. Quand j’ai refermé la fenêtre et que je me suis retournée, Bowie et Gloria étaient juste là derrière moi à m’observer, incrédules, dans une immobilité totale. Je leur ai demandé de veiller à leur tour sur les âmes de Casquette et Chien Blanc. Les chats font ça tellement mieux que n’importe quel.le humain.e.

Un jour j’aimerais avoir le courage, la chance, l’opportunité, de partir vivre dans une grande maison avec d’autres personnes, avec qui je m’entendrais bien, on serait sur la même longueur d’ondes, et on trouverait un lieu magique pour vivre ensemble, dans la bienveillance, l’entraide, l’écoute, la tolérance, et on aurait un bout de jardin et j’apprendrais à faire pousser des tomates, et je pourrais enfin avoir un chien, un bon gros chien d’amour (comme Chien Blanc), et soyons folle on aurait assez de terrain pour avoir aussi une chèvre ou un âne (bon sinon tant pis juste le chien). Et chacun.e travaillerait un peu, juste ce qu’il faut pour qu’à nous toutes-tous on soit bien, juste bien, juste comme il faut. On serait solidaires, uniques et heureux.

Bon je dis ça mais en n’oubliant pas ma dualité sociable-sauvage hein, donc vraiment une grande grande maison et ma chambre ferait au moins 20m2, comme ça quand je serais en mode sauvage, je pourrais m’enfermer dans mon cocon pour me recharger d’énergie d’amour et de partage.

Avoir des rêves, des envies, c’est une façon de résister.

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