Mime

Les micocouliers forment des silhouettes surréalistes sur les tables de la terrasse ombragée.Les gens rient sous l’enseigne de l’éléphant rose, majoritairement habillés de sarouels et chaussés de sandales en cuir. Un chien joue avec sa laisse en zigzaguant entre les chaises. C’est une de ces journées pleines de lumière et de bleu guimauve, avec de la naïveté dans l’air, comme elle les aime tant.

Ils s’installent en silence. Hésitent avant de commander. Est-ce que c’est encore l’heure du café, ou déjà l’heure de l’apéro ? Quand leurs regards se croisent, ils se sourient bêtement et le monde se suspend à leurs yeux, à leurs bouches, au bout de leurs doigts, le monde tangue et se fait silence à leur unisson.

« Je suis désolée, je sais pas quoi dire. » Elle hausse les épaules en riant comme une enfant. « C’est pas grave, le silence me gêne pas, ça me met pas du tout mal à l’aise. » Il lui rend son sourire, et sous le voile de ses grands cils blancs son regard est celui d’un bambin de 10 ans, déguisé dans un costume de Super Héro un peu trop grand pour lui. Elle ne cesse de l’observer pendant qu’il cherche quelque chose dans son sac en bandoulière. Incrédule. Sur le cul qu’il soit là. Avec ses mains d’ours et sa candeur d’équilibriste.

A peu de choses près, tout ce qui est arrivé ensuite, elle l’avait déjà vu en rêve. Les grandes bâtisses mordorées, les pluies torrentielles, les étreintes comme des offrandes à l’abandon, les insectes protecteurs et l’Odyssée vers nulle part.

Une paire de vies plus tard, elle a tout retrouvé, comme un vieux tableau dont on souffle la poussière encore vibrante, les mêmes pluies torrentielles, les mêmes couleurs suspendues de part et d’autre du monde, les mêmes étreintes et les mêmes insectes divins.

Tout est là et pourtant tout a changé. Aujourd’hui elle sait passer de l’autre côté du miroir. Elle peut se voir bouger, vivre, aimer, comme un pantin dans lequel elle n’habiterait plus tout à fait, plus à temps plein. Seulement quand la voie est sauve. Quelque chose en elle s’est sacrifié pour permettre au(x) reste(s) de survivre, comme la vie sait l’inculquer à force de mutilations et de carnages.

Maintenant elle sait presque parfaitement préserver ce qui a survécu, pour dégainer l’arme ultime de son âme d’oiseau, au creux de son ventre, uniquement quand il est temps et valeur. Elle voyage avec un sorcier dans sa poche, il est son assurance-vie, son exutoire, son confident. Il est le vrai côté du miroir. Il éparpille autour d’elle des insectes soldats protecteurs. Elle peut marcher sur le feu grâce à eux. Elle danse dans les roseaux, écrasant sous ses pieds les herbes sales et les douleurs qui s’effacent.

Un pied de chaque côté du miroir, elle entend le sorcier lui murmurer : « Si nous devinons l’orée du bois, nous trouverons la force éternelle des Envies d’Encore. Et si nous devons rebrousser chemin, je t’en prie, achève-nous sous la pression de tes doigts. »

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