Mortal Kombat

Lutté toute la soirée. Elle a lutté toute cette putain de bonne soirée. Pour ne pas rentrer avec Noa. Putain. Soulagée, elle aide Romu à ranger son bordel dans le coffre de sa Kangoo, modèle de la réussite familiale tu vois, Romu il a un enfant maintenant ça rigole plus, il s’est acheté une nouvelle voiture, format oeuf de Pâques.
Le coffre bourré à craquer, ils montent tous à l’arrière comme ils peuvent. Elle se met à parler jeux vidéo avec Romu et son pote Pierre. Ils sont quand même bien gentils de lui avoir proposé de crêcher avec eux, elle est carrément pas en état de rentrer. Ouais ils sont juste gentils, c’est pas elle la grande naïve. Elle se répète ça, bercée par les remous du siège arrière. Dans sa tête comme une mélodie rassurante. Mon cul.
Ca la fait rire quand ils se retrouvent à 3 dans une piaule de minipouss, avec Romu et Emile complètement déchirés. Romu qui galère pour ôter son fute, et qui finit en calebut à faire les 100 pas autour du lit en racontant toujours les mêmes conneries. Elle, elle oscille entre eux et son portable qui n’arrête pas de bipper, Noa lui demande où elle est, si elle est rentrée, bin non, mais alors elle dort où, bin à la Tanière, mais alors avec qui, bin avec Emile et Romu dans son calebard, c’est rigolo.
Bref. N’importe quoi cette fin de soirée. Elle laisse Romu et Emile en slibard devant le tube cathodique et sort fumer une clope. Dehors le ciel est tout brun, un chat sans âge rôde sur le bitume du parking. C’est cool finalement, elle a dû lutter comme une forcenée, mais elle a réussi, elle a pas cédé, elle a laissé Noa rentrer tout seul dans son coin, bien plus tôt dans la soirée, la queue entre les jambes. Voilà voilà. Et pis elle a noyé tout ça en picolant grave avec Romu. Elle a un bon coup dans la gueule, et elle est heureuse. Oui oui. Heureuse. Pas cédé une n-ième fois. A cette histoire qui mène à rien de toute façon. Le plaisir de l’instant c’est bien joli mais ça sert à rien au fond, hein, c’est pas comme ça qu’on se construit un joli coin de bonheur, hein. Le cul c’est éphémère. Hein. Sert à rien. Mène à rien. Elle est heureuse. Pas cédé. Coin de bonheur. Autopersuasion.
Elle chiale. Noa lui manque.
Elle retourne à l’intérieur. Retrouver le chemin de la bonne piaule. Vite. Dormir et plus penser à rien. Elle traîne des pieds sur la moquette vieillotte qui dessine des motifs bizarres vert et jaune sur le sol. Elle s’apprête à prendre l’escalier quand elle voit deux pieds nus qui approchent de ses baskets. Des pieds familiers. Au-dessus des pieds, un jean, familier. Ceinture cuir, familière. Ventre à l’air, familier. Nombril aux aguets, familier. Pilosité linéaire, familière. Et merde.
 » – Putain Noa qu’est-ce que tu fous là…
– Bin j’te cherchais…
– …
– Y’a de la place dans ma chambre mais y’a des autres meufs qui dorment là aussi, viens on trouve une autre piaule de libre…
– C’est complet.
– Ahah, tu m’fais trop rire. Allez viens…  »
Quand il chuchote comme ça, comment dire… Il lui prend la main. L’emmène plus loin dans le couloir. La sert contre lui. Non. Si. Non. Si.
 » – J’veux pas… Faut pas. On avait dit qu’on arrêtait.
– Mais allez… S’te plait.
– … J’viens mais on dort, juste on dort, de toute façon j’suis déchirée… Mais j’voudrais dormir vers toi.
– Mais Sab je pourrai jamais juste dormir à côté de toi, c’est pas possible ça… »
Sa peau est toute tiède et quand il l’embrasse c’est comme si elle tombait dans un gouffre de nuages. Se rendre compte qu’elle a lutté si fort contre quelque chose de tellement naturel. Et qu’on peut définitivement pas lutter contre la nature.
Porte des douches. L’ouvrir, se caler de l’autre côté, refermer la cabine et la verrouiller. Avoir lutté si fort contre quelque chose de tellement naturel. Avoir lutté alors que y’a que là qu’ils sont bien, quand ils se font ces trucs entre tendresse et trashitude. Parce qu’avec lui elle a peur de rien, avec lui rien n’est vulgaire ou tordu. Parce qu’avec elle il a pas besoin de demander quoi que ce soit, elle sait tout d’avance, elle le connait mieux qu’il se connait lui-même. Trop longtemps qu’ils se connaissent. Par coeur. C’est pour ça que ça mène à rien. C’est pour ça que ça sert plus à rien de lutter.
Déflagration à l’intérieur. Fluides qui se mélangent. Post-coïtum, animal triste.
Ils se redressent, elle est debout devant lui et elle le regarde dans le reflet du miroir. Elle passe sa main sur sa joue qui pique. Il lui fait ses yeux tendres et soulagés, elle lui rend un regard fatigué et amoureux. Se rhabiller vite fait, se perdre main dans la main dans les couloirs de la Tanière, entrer dans la chambre sans réveiller les blondasses, se caler sous les draps. Discuter comme si de rien n’était.
Lui, la regarder à s’en user les yeux, elle, le caresser à s’en user les mains. Et demain matin, de nouveau, se souvenir que ça ne mène à rien. Que c’est juste une question de survie.

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