On ne mélange pas les galets et les cailloux.

La naïveté du début. Attends, je ne dis pas qu’après, la magie est perdue, mais quand même, ces souvenirs des premiers pas l’un vers l’autre, tout le monde tombe plus ou moins dedans, à un moment donné.
Tu te rappelles ? Quand je suis arrivée ce soir-là, attendue presque comme la princesse que je ne serai jamais, j’ai senti quelque chose de différent dans ta façon de me dire bonjour. Comme quelque chose de décidé, et de fébrile à la fois. On a passé toute la soirée à se frôler sans se toucher vraiment, mais quand tu étais juste derrière moi, ou juste à côté, je sentais qu’on se rapprochait encore et encore, presque malgré nous, comme une force centrifuge qui nous attirait l’un à l’autre. A certains moments je sentais ton bras effleurer mon dos, je sentais ta présence tellement près, ça me faisait perdre les pédales, mais c’était comme si c’était pas si grave après tout, comme si tout était parfaitement normal.
Tard dans cette nuit de printemps, on a marché seuls le long des trottoirs avinés, on a croisé des filles bourrées qui ont fait tomber leur bouteille de mousseux sur le bitume. Je me demandais pourquoi je te suivais, mais je te suivais quand même. Ca fait ça des fois, on fait les choses sans y réfléchir, mais on y pense quand même, on a conscience de ce qui se passe, mais cette conscience est comme en veille, parce que ça doit se passer comme ça et pis c’est tout, c’est le cœur qui dirige, seul à la barre et grand maître à bord.
Sur une banquette et dans l’obscurité on a fini nos bières, assis, enfin, vautrés, l’un en face de l’autre. Je devinais à peine ton visage sous ta capuche, et en fait je sentais que je risquais de m’endormir. C’est là que tu t’es avancé un peu, profitant d’un moment de silence, sans doute dû au passage d’un ange facétieux. Tu t’es rapproché de moi, et tu m’as embrassé sur la joue, tout doucement. Puis dans le cou, tout doucement aussi, un peu au ralenti, comme dans un film suspendu au-dessus du temps. Je crois que c’est ça, le temps s’est arrêté juste à ce moment-là. Puis tu m’as embrassé sur la bouche. Je n’ai pas bougé d’un centimètre, mon cerveau embrumé essayait de mettre un nom sur ce qui était en train de se passer. Plus tard tu m’as expliqué que c’était quelque chose que tu aurais voulu voir se passer depuis très longtemps. Trop longtemps.
Après c’est un peu mélangé, je me souviens qu’on était debout et qu’on s’est embrassés en se serrant très fort, je me souviens de nos visages posés l’un contre l’autre, tes mains autour de ma taille, on est restés là comme ça sans bouger, assez longtemps je crois, dans la pénombre, juste nos visages collés et nos corps scotchés, ça me faisait drôle de sentir tes mains autour de moi, même avec mes vêtements et ma veste, c’était quelque chose d’incongru et en même temps c’était évident. Quelque chose qui aurait dû arriver depuis très longtemps. Trop longtemps.
On a passé la nuit le nez sous un ciel brun foncé, qui sentait l’été avant l’heure. Jusqu’au petit matin, où tu m’as raccompagnée un bout de chemin. On s’est revus le lendemain, on a passé la journée et la soirée ensemble, tu m’as fait une vie pas possible pour qu’on aille chez moi, on était assis sur le trottoir et tu lançais des gravillons au loin en me disant « allez… allez… s’te plait » comme un ado attardé. Et j’adorais ça, parce que j’aurais pu faire pareil, parce qu’en fait beaucoup de choses se révélaient pareilles chez toi et chez moi.
On est montés chez moi, tu as voulu prendre une douche. Je me rappelle que te voir déambuler dans mon appartement avait pour moi une résonance quasiment mystique. Je me disais « n’oublie jamais ces moments, regarde-le, là, son sourire en coin, son regard d’enfant survolté, beau comme un camion, en train de chercher son chargeur dans son sac, garde précieusement ces souvenirs au fond de toi, parce que peut-être que ça n’arrivera plus jamais ».
Après on s’est calés sur le canap’ devant la télé, il devait bien être 5 heures du matin et M6 rediffusait un concert de REM. On se remémorait les morceaux et on chantait un peu ce qu’on pouvait des paroles. Et entre deux on s’embrassait. Mes mains tremblaient et ça te faisait sourire, que je sois toute chétive tout d’un coup, comme un animal hésitant. Je me souviens que ça me faisait drôle de sentir la chaleur de ta peau contre la mienne, c’était étrange mais rassurant, et je regardais tes mains aussi, et ton visage tout près du mien, tellement près, bien plus près que tout ce que j’aurais jamais pu imaginer.
Aujourd’hui encore quand je vois ton visage tout près du mien, j’en détaille chaque centimètre carré, je regarde la forme de ta bouche, la forme de tes pommettes, la couleur de tes yeux, la densité de ta barbe de 3 jours. Aujourd’hui encore quand tu me serres ton contact et ton odeur me font perdre les pédales. Aujourd’hui encore quand je prend ta main je la regarde avec émerveillement, c’est ta main et pas celle d’un autre. Tu n’es pas un autre. Tu n’es pas pareil. Ou juste pareil à moi. Chaque fois qu’on se voit, c’est un peu plus fort, chaque fois qu’on se parle, c’est un peu plus vrai, nos âmes sont sœurs, au sens le plus pur qui soit, rien n’est plus évident, même si rien n’est gagné.

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