Il Neige sur les Cailloux.

Petite Neige ne veut jamais dormir quand elle retrouve son Caillou. Elle se force à garder les yeux ouverts toute la nuit, elle le regarde somnoler entre deux chevauchées, ses yeux essaient de mémoriser chaque centimètre carré de son visage de Caillou. Son nez sa bouche ses cils ses oreilles son cou ses épaules ses mains etc. Elle colle son nez contre son bras noueux pour tenter d’imprégner son odeur de Caillou sous sa peau à elle, la garder pour la respirer encore de l’intérieur, tout le long du chemin du retour.
Quand ils se retrouvent c’est toujours ces petits sourires amusés qu’ils échangent en parlant de tout et de rien ; ces sourires entendus qu’on a inventé pour emballer la tendresse dans un écrin pathétique, et dédramatiser les sentiments qu’on peine à exprimer. Il se passe un truc sincère, cette complicité particulière ça s’explique pas ça vient de loin, et ça les dépasse tellement qu’ils font comme si c’était une sorte de blague, tant qu’à faire…
Toute la nuit Petite Neige teste des combinaisons de positions de sommeil. Mais sans dormir hein, ou alors juste se laisser aller une demi-heure, pas plus, parce que chaque putain d’heure compte comme une vie entière. La combinaison du « chien de fusil » est peut-être celle qu’elle préfère. Pourtant elle pensait que son Caillou ne voudrait pas. Mais quand la dernière fois elle s’est mise sur le côté, le dos rond, recroquevillée sur elle-même, son Caillou s’est tourné vers elle et l’a enveloppée dans ses bras de Caillou doré. La tête de Petite Neige au creux du bras de son Caillou. Son bras droit de Caillou contre sa joue de Petite Neige, sa main de Caillou au loin qu’elle essaie d’attraper. Au début il voulait bien qu’ils se prennent la main, maintenant il hésite un peu. Faut pas trop déballer la tendresse, ça pourrait faire désordre. N’empêche qu’elle finit toujours par trouver la paume de sa main entrouverte et passer ses doigts dessus, l’air de rien.
Les réveils sont toujours un peu étranges et allumer la télé n’y change rien mon Caillou, il va quand même falloir ranger tout ce bordel et retourner chacun à son simulacre de quotidien.
Chaque matin où ils se lèvent ensemble, ça fait bizarre à Petite Neige de revoir son Caillou en entier, habillé, ou alors c’est l’inverse, ça lui a fait drôle la veille de revoir son Caillou tout nu sur les draps, elle se rappelle plus, elle recommence à trop penser, mais toute cette incertitude c’est le prix à payer pour pouvoir faire le chien de fusil avec son Caillou.
Pouvoir sentir ses bras la serrer si fort le matin parce que ça l’emmerde de repartir, même s’il le dira pas là, mais peut-être plus tard au téléphone… Pouvoir se rappeler qu’ils n’ont même pas besoin de se dire qu’ils sont pareils, même s’ils se le disent quand même quand ça leur échappe. Ils sont pareils et c’est tout. Aussi maladroits l’un que l’autre, aussi perdus l’un que l’autre, trop tendres et trop cons tous les deux.
Ils sont synchronisés. Depuis longtemps. Depuis toujours. C’est juste la vie qui n’était pas à l’heure au rendez-vous. Alors ils essaient de la rattraper, cette conne.
Ils se disent toujours au revoir comme si de rien n’était. Après, ils s’envoient des textos, il lui écrit qu’elle lui manque déjà aussi, et après il noie le poisson en lui écrivant qu’il mange des patates… Petite Neige ne parle à personne pendant tout le reste de la journée, elle veut juste garder encore le bien que lui apporte son Caillou, là en dedans, cimenter tout ça autour de son cœur en charpie pour tenir jusqu’à la prochaine fois. Elle sait que son Caillou l’appellera quand il pourra, mais c’est comme quand ils se voient, c’est toujours à la fois ce trop-plein de bonheur, et ces questions à la con dont seul le Temps connait les réponses.
Cimenter chaque instant tous les deux, et ne pas trop se rappeler que la vie est un peu une traînée. Enrobée dans la peau d’une gentille blague.

Préserver leur naïveté quitte à paraître ridicules, c’est tout ce que les Petites Neiges ont trouvé pour survivre à l’incertitude des Cailloux dorés.
Les regarder avec tendresse quand ils croient qu’elles ne les voient pas, c’est tout ce que les Cailloux dorés ont trouvé pour tenter vainement de protéger la naïveté des Petites Neiges.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s